Créer une chaîne Youtube

By 5 décembre 2017Se reconstruire
creer une chaine youtube association lignes de vies

J’ai plus souvent l’occasion d’être heureux aujourd’hui qu’avant (...) Je n'ai pas la même notion du temps, je l'utilise mieux qu'avant.

Présente toi et ta paternité

Yannick, papa de Gabriel né en janvier 2015 (et décédé mars 2015) et d’Ariane née en Décembre 2016. Je suis un vrai papa poule, je surprotège, je suis obsédé par sa sécurité et aussi papa geek de star wars/séries. Je travaille dans les jeux vidéos.

Présente ton projet

J’ai crée ma chaîne Youtube sur laquelle je met des vidéos sur des sujets précis en lien avec le deuil périnatal. Je me suis inspiré de la chaîne Youtube de Arielle mamange, que ma femme a découverte, par le jeu des vidéos suggérées. Son message nous a touché, on l’a contacté et elle nous a beaucoup soutenu.
Je trouve le format vidéo super sympa, c’est plus spontané, il y a un contact émotionnel plus fort. Je m’étais dit : d’une part pas beaucoup de papas qui témoignent (95% de femmes) et d’autre part il y a bcp de grands témoignages de 45mn, ou en mode journal, mais peu de conseils sur un sujet précis.
Je préfère faire des courts formats par thématiques c’est bien et ça permet d’engager la conversation plus facilement. Aujourd’hui j’ai créé 17 vidéos, une par semaine depuis Juin, j’essaye d’aborder toutes les thématiques.
J’ai aussi ouvert une page FB, je fais des rdv hebdomadaires, je partage des ressources, je met des photos,…

Comment as tu fait pour passer de l’idée à l’action?

J’ai allumé mon caméscope! En fait j’ai eu du mal à me lancer car je voulais que ce soit parfait: montage vidéo, … Puis je me suis dit «  faut que j’arrête de repousser » j’y ai réfléchi plusieurs mois donc c’était plutôt un frein psychologique que technologique.
J’ai essayé pour voir ce que ça donnait. Avant de me lancer j’avais un peu le syndrome de l’imposteur et à présent j’encourage tout le monde.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour ce projet?

Constituer une communauté, je vais commencer à contacter des sites plus généralistes. Au début on s’imagine qu’il suffit de faire du contenu de qualité mais non. Il faut démarcher, publier, partager, ça prend beaucoup plus de temps qu’on ne le pensait et puis c’est une défi car une fois la communauté constituée, il faut la nourrir, et moi je suis une quiche pour tout ce qui est réseautage, je dois me dépasser pour que mon projet prenne un peu d’ampleur.
Il faut constituer une communauté, c’est vraiment plus dur que de faire une vidéo.
Le temps est le plus difficile à trouver.

Comment as tu fait pour surmonter ces difficultés?

J’ai osé! La plus grande contrainte est de trouver du temps, donc ce projet est temporaire, ça ne peut pas durer toute la vie. Je fais ça tant que ça me fait plaisir, je ne veux pas que le projet entre en concurrence avec ma vie de couple.

Quelles sont les satisfactions que tu tires de ce projet?

2 qui correspondent à mes motivations initiales
Après la naissance du bébé espoir, j’avais l’impression de m’éloigner de mon fils, ce qui était difficile à vivre – par ce projet je le fais vivre. Ca me fait du bien de me sentir proche de lui, de son esprit, c’est grâce à lui que je fais tout ça aujourd’hui.
Recevoir un message de remerciements sincères : « j’ai montré à mon mari, ce qui nous a aidé »,
avoir le sentiment d’apporter quelque chose. Je me dis que mon fils n’est pas mort pour rien, si je peux apporter ma contribution à l’humanité ça m’aide à me sentir mieux avec moi-même.

Ton actualité par rapport à ton projet?

Je continue, j’ai encore plein d’idées pour les thèmes de vidéo, 1 par semaine, la chaîne est jeune.
Je souhaite développer la communauté, apporter un vrai plus, je fais la question du vendredi, j’incite aux échanges, j’essaye de faire le bouquin du dimanche aussi.

Qu’est ce qui avait été le plus dur pour toi après le décès de Gabriel?

Ma soeur a eu de jumeaux après Gabriel et cela a créé de la distance, puisque ça a été compliqué de les voir avec mes parents qui ne comprenaient pas pourquoi on s’éloignait. C’était compliqué, je rentrais le soir, retrouver ma femme effondrée, on n’avait plus vraiment de vie de couple car nous n’avions pas le meme rythme de deuil.
Et le décès de Gabrile est arrivé à un moment de ma vie dans lequel j’ai fait afec à beaucoup de changements : j’ai changé de travail, de start up familiale à start up internationale, j’ai déménagé, ce qui m’a forcé à arrêter l’improvisation théâtrale (distance). Tous ces piliers se sont effondrés en même temps et c’est à cette époque que j’ai pensé au suicide.
Le décès de Gabriel a montré que beaucoup de choses se sont écroulées en même temps, dans une période où j’étais vulnérable, où je cumulais les changements de repères.
En terme émotionnel, c’était compliqué.

Qu’est ce qui t’a aidé à apprendre à vivre après/surmonter cette épreuve?

Un groupe de parole sur Facebook : partager des choses avec des gens qui nous comprennent, c’est une sorte de psy de groupe, ça m’a aidé à garder la tête hors de l’eau quand je ne savais plus vers qui me tourner.
Ma petite fille, dont ma femme est tombée enceinte pile poil un an après le décès de Gabriel. Ce nouveau projet avec son lot de défis – m’a donné une énergie folle pour m’en sortir.
D’ailleurs j’ai toujours bcp de peine pour les parents qui ne pourront pas avoir d’autres enfants après.
Le fait d’en découvrir parmi mes proches, c’est super fréquent, quand tu prends les amis des amis, se dire qu’on est pas seuls. J’ai des amis qui ne sont pas prêts d’en parler de peur de la réaction des autres. Car il y a de tout, ceux qui font comme si il n’avaient pas entendu, d’autres qui te font répéter.

Qu’as tu en plus aujourd’hui?

5 tatouages pour l’instant!
J’ai gagné en humanité, ma capacité à reconnaitre et réagir à la souffrance chez autrui, tant qu’on n’a pas vécu une vrai épreuve, il est difficile d’avoir de l’empathie. J’essaye aussi de ne pas hiérarchiser les souffrances, juste écouter.
On ne sait pas l’histoire des gens, on ne peut pas les juger, chacun a vécu quelque chose qui peut expliquer son comportement. J’essaye d’être d’avantage présent, emphatique.
Par exemple, avant j’aurai juste acquiescer quand une personne se confie et à présent, j’essaye de m’impliquer. Puis je ne supporte plus la souffrance de tous les jours, le JT, les guerres, je vois la tragédie derrière.
Cela m’a apporté une conscience qui m’empêche de rester indifférent, ce qui peut être handicapant au quotidien.

Un conseil que tu aurais aimé avoir?

Pense à toi même. Ma psy m’a fait un choc, avec sa question : « mais finalement qu’est ce qui vous rend heureux? »
Je ne peux pas rester dans le brouillard, je dois m’organiser pour me mettre à la première place, quitte à ne pas satisfaire le besoin des autres. Je ne réfléchissais pas à ce qui allait m’aider moi.
Aujourd’hui je suis dans la groupe de théâtre de mon entreprisse, je fais de l’escalade, j’essaye de libérer au maximum ces barrières là.
J’ai plus l’occasion d’être heureux aujourd’hui qu’avant. Avant Gabriel j’avais peu d’obstacles, et de contraintes donc moins cette sensation. Je m’ôte des contraintes aussi,  comme par exempte, aller voir quelqu’un que j’avais pas envie d’aller voir par convenance.
Je n’ai pas la même notion du temps, je l’utilise mieux qu’avant. Avant j’aurai jamais osé faire de tatouage par peur du regard des autres. Je me prend moins la tête, je m’assume plus. Gabriel a impacté toute ma vie, et celle de mon entourage. Je ne le remercierai jamais assez pour tout ce qu’il a fait pour moi. Après tout ce que j’ai affronté, je ne veux pas redevenir comme avant.

Page Facebook de Yannick Papange

Chaîne Youtube Yannick Papange

Leave a Reply

%d blogueurs aiment cette page :