groupe de parole, association Lignes de vies

Je voulais proposer un lieu et un temps pour permettre aux parents de parler librement de leur bébé, sans tabou.

Présente toi et ta maternité

Je m’appelle Laetitia, j’ai 39 ans et je suis la maman de Gabriel (décédé à 5 mois et demi de grossesse suite à une « fausse couche tardive spontanée »), de Nina, Samuel et Sarah.

Présente ton projet

J’ai monté un groupe de parole en 2016 dans mon village de la Colle sur Loup (entre Nice et Cannes). Il est né d’une proposition. Je suis bénévole dans une association de soins palliatifs et d’accompagnement de personnes endeuillées. Ma présidente m’a fait part de son désir de créer des groupes de parole spécifiques : deuil après suicide, veuvage… Cela correspondait à l’époque où je recevais beaucoup de messages de parents sur mon blog et ma page Facebook. Ces messages me laissaient démunie, j’avais la sensation de ne pas pouvoir me rendre utile. Certes mon livre permettait de mettre des mots sur les maux, mais il me  paraissait bien insuffisant face à l’isolement et le manque de ressources auquel les parents étaient confrontés. Et j’avais besoin d’échanger autrement que derrière un écran.

Comment as-tu fait pour passer de l’idée à l’action ?

J’ai participé en tant que parent à un groupe de parole d’une association locale qui a eu la gentillesse de m’accueillir tout en connaissant mon projet  (Nos tout petits de Nice).  L’objectif était de savoir si concrètement, je me sentais capable d’entendre les histoires des autres parents sans être dévastée. Ce premier pas ne m’a pas totalement convaincue. J’étais honnêtement assez touchée par les histoires que j’entendais.

Du coup, je me suis appuyée sur mon association pour débriefer avec eux sur mes ressentis. J’ai ensuite suivi une formation d’accompagnante au deuil périnatal auprès de la fédération européenne vivre son deuil. Cette formation était indispensable pour que je comprenne bien quel serait ma place dans ce groupe. Quel rôle une animatrice a au sein d’un groupe de parole? Qu’est ce qui se joue lorsque l’on vit un deuil périnatal, en quoi ce deuil est si complexe? Cette formation a été un vrai choc émotionnel. Une spécialiste du deuil périnatal depuis 30 ans a validé le fait que le deuil périnatal peut être un profond traumatisme dont il est très difficile de se relever si l’on n’est pas accompagné. C’est curieux mais cela m’a soulagé et déculpabilisé. J’ai longtemps pensé que j’avais été trop faible ou que je n’avais pas assez de volonté et elle m’a permis de comprendre que je n’aurai pas pu réagir autrement.
Elle m’a aussi autorisé à avoir des émotions, ce dont j’avais très peur. Je pensais que si je devenais émue à l’écoute des témoignage, je ne serai pas utile pour les parents. Elle m’a expliqué que les émotions étaient la preuve pour les parents que ce qu’ils avaient vécu était douloureux. Elle m’a aussi appris à gérer mes émotions afin de ne pas les subir. En les exprimant par exemple. Simplement dire : » ce que tu dis me touche  » est très efficace. Alors que si je me retiens d’être émue, je n’entends plus ce que l’autre a à dire et je me sens envahie par les émotions.

Ensuite, j’ai cherché une psychologue spécialiste du deuil périnatal qui serait intéressée par mon projet. Clairement, il faut être deux pour animer un groupe de parole, et si possible avec une professionnelle. Le deuil périnatal peut faire résonner d’anciens deuils, remonter des traumatismes et pour cela, être en présence d’un(e) professionnel(le) est indispensable. Le public que l’on accueille peut être en état de grande fragilité et l’objectif est de les soutenir, pas d’ouvrir des plaies puis les laisser partir ainsi dans la nature. L’intérêt d’être deux est aussi de pouvoir débriefer après chaque session et préparer la prochaine.

Une fois mon binôme créé, j’ai trouvé une salle pour nous accueillir (rendez-vous avec le maire de mon village qui a accepté de nous prêter gracieusement une salle une fois par mois).

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la création du groupe de parole?

Le plus dur a été de trouver ma posture. Comprendre où me placer, comment être utile à l’autre, sans devenir un « sauveur », ni un observateur passif. Puis trouver comment en parler autour de soi, de manière à ce que les gens comprennent la démarche sans me prendre pour une dépressive qui n’arrive pas à « passer à autre chose ». Enfin, une grande difficulté est de faire connaître le groupe de parole aux parents qui en ont besoin, c’est très énergivore et chronophage!

Qu’est ce qui a été le plus dur pour toi après le décès de Gabriel?

Sans hésiter, le monde parallèle dans lequel on est projeté par le tabou du deuil.

Qu’est ce qui t’a aidé à vivre après cette épreuve ?

Ce qui a été le plus efficace, c’est l’EMDR (thérapie brève).

Qu’as-tu en plus aujourd’hui ?

J’ai tellement évolué, grandi depuis Gabriel. J’ai pleinement conscience de ma mortalité et je suis en paix avec cela. C’est un beau cadeau de Gabriel.

groupe de parole, association Lignes de vies

Témoignages

Emma et Manuel

« Après le décès de mon fils Manuel (mort fœtale in utero inexpliquée à 39SA) j’ai été très entourée par mes proches et ma famille. Malgré cela, les mois ont passé et ma détresse s’est intensifiée, je me suis sentie sombrer et ce soutien ne suffisait plus…
Je me sentais seule, incomprise de tous et terriblement mal. Je me suis tournée vers plusieurs association dans ma région qui ne faisait que de l’ecoute téléphonique mais j’avais besoin de plus !
C’est à ce moment que ma mère m’a parlé de l’émission qu’elle avait vu dans l’Apres midi où Laetitia Lycke racontait son histoire et parler du groupe de parole qu’elle anime.
Je décide alors de la contacter et nous voilà parti pour 3h de voiture aller retour 1 fois par mois, un rendez vous que nous attendions avec impatience !
J’ai rencontré des femmes avec des histoires différentes mais qui comme moi avaient perdu un enfant. Des femmes qui m’ont énormément touché et soutenu. Enfin, je me sentais comprise et normale !
Nous étions libre de dire tout ce qu’on ressentait même les choses les plus délicates et horribles sans aucun jugement bien au contraire, cela nous a permis de comprendre tous les points de vue et comprendre toutes les réactions.
Aujourd’hui je peux dire que le groupe m’a sauvé. Sans lui je n’en serai pas là aujourd’hui.
J’en profite pour remercier une nouvelle fois Laetitia pour son implication dans l’association et de la maintenir active c’est tellement important ! Sans oublier Delphine qui a su trouver les bons mots pour chaque situation et avec tellement de douceur (ce qui n’est pas donné à tous malheureusement). J’embrasse également les autres mamans qui se battent chaque jour avec beaucoup de courage pour continuer à vivre avec cette lourde histoire…
Merci à toutes
Emma

Alice et Eden

Eden était en souffrance in utéro. Elle est née prématurément avec son jumeau Léo et n’a vécu que deux jours.
Partagés entre le bonheur d’avoir Léo près de nous et le malheur d’avoir perdu Eden, nos sentiments contradictoires nous ont vite démunis. Je sentais au fond de moi qu’il fallait me faire aider.
Un jour, un proche m’a recommandé une émission sur le deuil périnatal, j’y ai découvert Laetitia, son témoignage et ses projets. Même si son vécu est différent, sa façon de parler fut si bienveillante et positive, qu’il fut évident que son groupe de parole pouvait m’apporter du soutien.
C’est une consultation avec ma sage-femme, qui m’a convaincu ! Connaissant Laetitia, elle m’en avait fait l’éloge.
J’ai ainsi suivi une séance par mois, pendant un an avec 5 autres mamans et un papa.
Chaque séance, animée par Laetitia et Delphine en qualité de psychologue, a tissé de forts liens entre nous.
Nous avions vécu certes des histoires différentes, mais cela ne nous a pas empêché de nous sentir écoutés, libres d’exprimer nos maux comme nos joies, nos défaites comme nos avancées. Nous ressentions tous de l’empathie les uns avec les autres.
La libération de la parole, les réflexions qu’ont provoqué nos discussions, on fait de moi une personne plus sereine, plus à l’écoute de moi-même.
Mon parcours n’est pas terminé, mais grâce à ce cercle de parole, j’ai trouvé les clés pour faire face à la culpabilité, mieux exprimer mon deuil, reprendre plus sereinement le travail, consolider ma vie de couple… Finalement j’ai appris toutes les bases pour mieux vivre avec cette blessure indélébile.
Alice

Laure et Gabriel

Dès l’annonce de la malformation de mon fils (qui a été la cause d’une IMG), j’ai ressenti un fort besoin d’en parler autour de moi. Cependant je me suis vite aperçue que c’était le genre d’épreuve que nous ne pouvons pas comprendre si nous ne l’avons pas soi-même vécue.
Le groupe de paroles me semblait donc être une évidence, échanger avec des parents sur leur expérience était important pour moi. J’ai appris l’existence de celui animé par Laëtitia quelques jours après mon IMG, et il se situait à quelques kilomètres de chez moi… Etait-ce un signe ? En tous les cas, j’ai vite su que l’équipe formée par les formidables Laëtitia et Delphine, ainsi que les parents présents, allait me faire du bien à la tête et au coeur ! Nous nous réunissions une fois par mois. Les premières séances ont été très intenses émotionnellement. J’étais encore chamboulée 3 jours après… Puis les mois passaient, et j’allais de mieux en mieux… le groupe de paroles m’a donné de l’assurance, de la force pour affronter cette épreuve et les gens qui sous estiment la douleur engendrée par la perte d’un bébé. J’ai reçu des conseils, des astuces, des propos pertinents qui m’ont fait réfléchir, me poser des questions. Les séances étaient toutes très chaleureuses, il n’y avait aucun jugement entre nous, pas de tabou, que ça fait du bien de pouvoir parler librement !
Je pense sincèrement que ces soirées profondément « humaines » resteront à jamais gravées dans ma mémoire.
Laure

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