le couple association lignes de vies

Quelle est l’origine du désir de cet enfant?

Dorothée : Quelques mois à peine après notre rencontre, mon conjoint voulait déjà avoir un bébé. Faire des enfants et avoir une grande famille était son plus grand rêve. A l’opposé, moi je n’étais pas prête. Ça m’a demandé quelques années avant d’envisager que je serai à la hauteur de la responsabilité que cela incombe d’être parent. Nous nous sommes mariés quatre ans après notre rencontre, et quelques mois après notre mariage je me suis jetée à l’eau pour le plus grand bonheur de mon mari. C’était devenu pour moi la suite logique de notre union, le prolongement de notre amour.

Froggy : Je suis en couple lesbien alors la question de l’enfant est de fait très différente des couples hétéros, ça ne se fait pas juste comme ça après un dîner romantique. Quand on s’est rencontré avec ma femme, on a abordé le sujet des enfants très vite, on s’est posé des milliers de questions de toutes sortes pendant des mois, de la logistique à l’éducation en passant par les questions existentielles et essentielles. Au final, le principe de départ est comme la plupart des couples, avoir un enfant c’est de donner tout notre amour à une petite personne, reflet de notre propre amour.
On s’est décidé pour une insémination artificielle avec donneur anonyme en Belgique. A l’occasion d’examens gynécologiques, ma femme a découvert qu’elle avait un pré-cancer de l’utérus. Pendant les soins et la guérison, on a mis de l’argent de côté pour commencer les essais en Belgique. Puis ayant la quarantaine, on a essayé toutes les deux et ma femme est tombée enceinte de notre petit garçon au 3ème essai. C’était des jumeaux au départ, on en a perdu un à 2 mois de grossesse puis quelques mois après, Elio est né puis mort le lendemain. Depuis, on se bat pour avoir la chance d’en avoir un deuxième mais vivant. Belgique, Espagne, Grèce, des milliers de kilomètres, des dizaines de milliers d’euros pour réaliser ce désir d’enfant plus fort que tout, maintenant qu’on a eu la chance de ressentir cet amour maternel dévastateur. Pour qu’Elio ne soit pas enfant unique et pour avoir la chance d’être enfin la famille que l’on souhaite tant.
Après deux fausse-couches et 4 ans d’essai, on fait en ce moment un break pour vraiment se reconstruire mentalement et physiquement pour recommencer nos tentatives. Notre désir d’enfant et de famille est plus fort que tout, d’autant qu’avoir eu Elio ne serait-ce que quelques heures, nous a ouvert la perception d’un bonheur inouï. Nous sommes toujours à la poursuite de ce bonheur, de ce rêve, de ce désir.

Anne-Gaëlle : Julien et moi étions mariés depuis août 2014, et dans la suite logique, nous souhaitions fonder une famille assez rapidement. C’était un désir que nous avions depuis longtemps (nous nous sommes mariés après 10 ans de vie en couple). Je suis tombée enceinte 3 mois après notre mariage ! Nous étions heureux de savoir que notre premier enfant était si pressé d’arriver dans notre foyer. Mais la suite en a décidé autrement….

Emi nanadou : nous avions dejà 2 enfants. Une petite fille de 4 ans et un petit garcon qui n’avait pas tout a fait 2 ans. Ce petit troisieme était notre petite « cerise sur le gateau ». Celui qui allait concretiser notre image de la famille que nous voulions. Je suis tombé enceinte très rapidement. Le jour du test de grossesse nous étions tellement heureux.

Piou : nous avons déjà un fils , qui avais à l’époque 2 an et demi . L’idee d’un petit frère ou d’une petite soeur est venu assez rapidement et l’écart d’âge nous paraissait bien. Même parcours que pour l’ainé : pma ( mais les choses on marché relativement vite).

3 Ptitours : Nous avions déjà un petit garçon qui venait juste de fêter son 1er anniversaire en voyant tout ce qu’il nous apportait au quotidien nous avons décidé de nous relancer dans l’aventure. L’envie d’un 2e enfant est venu naturellement, nous ne nous sommes pas posés beaucoup de questions.

Elodie : nous avions 35 ans quand nous avons decidé de fonder une famille. Et nous nous sommes sentis prêts pour devenir parents, mais on ne pensait pas que le parcours serait si difficile et il l’est encore.

Laure : Notre histoire d’amour a démarré en 2012… Après deux ans de vie commune, j’avais 32 ans, l’envie de faire un enfant a commencé pour moi mais lui ne se sentait pas encore prêt. C’est pour la fête des mères en 2015, que Christophe m’a offert un cadeau : un paquet contenant un body de bébé et un petit mot me demandant d’arrêter de prendre la pilule. Ce fût une très belle surprise! Et près de 6 mois plus tard, j’étais enceinte!

Eléonore : Nous souhaitions avoir un troisième enfant. Notre famille serait complète de cette façon, après nos deux grands nés en 2009 et 2011 ! J’ai retiré mon stérilet en août/septembre 2015 et en octobre, j’étais enceinte de ce que je pensais être mon dernier enfant.

Perle : Nous étions ensemble depuis 8 ans nous nous étions mariés 5 mois avant… J’avais un désir d’enfant très important. Je voulais un bébé depuis toujours surtout depuis que j’avais rencontré mon mari, et le désir s’est vraiment fait sentir après le mariage. Pour moi c’était le prolongement logique de la suite de notre union. Nous étions dans une situation difficile, il venait de démissionner de son travail, nous étions expatriés à Hong Kong avec le projet de revenir mais pas tout de suite. Je suis tombée enceinte en janvier 2016. Pour mon plus grand bonheur, moins pour mon conjoint car il aurait préféré attendre un peu d’avoir une situation plus stable. Notre couple était assez fragile même si nous nous aimions très fort, et je suis repartie en France en mars 2016 car nous nous étions séparés. Il m’y a rejoint également même si nous étions toujours séparés.  Juin 2016 à 5 mois et demi de grossesse la terrible nouvelle tombe… notre bébé a une atrophie de l’artère pulmonaire. Je ne me souviens pas des détails exacts … toute cette période est tellement floue… Nous nous sommes remis ensemble il était impensable de vivre cette situation seuls … A cette période nous avions certes beaucoup de mal à accepter que notre enfant ait une déformation du cœur, qu’il serait resté avec un handicap dans la vie. Mais les médecins restaient flous, en nous faisant plus ou moins croire que c’était une tétralogie de Fallot, mon mari ayant eu une cousine qui avait une fille ayant cette déformation cardiaque, je me suis tournée vers elle et je sais qu’à elle, les médecins n’avaient pas cet air grave et surtout ils ne lui avaient pas … proposé une IMG… j’ai alors compris que c’était bien plus grave. Mais comme nous a dit un chirurgien plus tard… il faut du temps à notre cerveau pour accepter certaines informations et il n’était pas possible de tout dire d’un coup. J’ai accouché d’un magnifique garçon à 8 mois de grossesse, Charles. Ce qui peut sembler tard mais c’est le temps qu’il m’a fallu pour pouvoir accepter ce que nous faisions.

En quoi êtes vous reconnaissant de partager cette épreuve en couple?

Dorothée : Vivre cela à deux rend l’épreuve un tout petit peu plus surmontable si on a la chance d’avoir un mari qui vous soutien. Dans mon cas, mon mari m’a littéralement porté les premières années qui ont suivi la perte de notre fille. Il a veillé sur moi pendant toute la dépression qui m’a éclaté à la figure et m’a protégé du fait que je veuille à maintes reprises rejoindre mon enfant. Ensuite, quand j’ai pu remonter la pente peu à peu, il s’est « autorisé » à lâcher. Il est à son tour tombé en dépression avec de lourdes conséquences. Il fait son deuil avec des années de décalage. C’est donc à mon tour de le soutenir. Le couple c’est ça ; compter l’un sur l’autre à tout moment. Et de savoir cela, ça change tout !

Froggy : Je ne pense pas que l’une aurait survécu sans l’autre. Tout simplement.
On a toujours pris toutes les décisions ensemble pour Elio, on a toujours été deux à tous les rendez-vous, du début jusqu’à la fin où il a fallu prendre la décision de débrancher le respirateur artificiel et de le laisser partir.
L’extrême douleur de voir son enfant mourir, l’abysse de chagrin, le désespoir absolu nous a permis de voir l’autre personne sans masque. D’être à nues et sans armure devant un des événements les pires qu’un couple ait à traverser et de découvrir des forces insoupçonnées, un amour décuplé et un soutien sans failles. J’ai vu l’incroyable force et espoir de ma femme lors de moments les plus noirs, j’ai vu l’amour absolu dans ses yeux pour notre petit garçon, j’ai vu son âme et son cœur, pour de vrai. Je suis tombée à nouveau amoureuse de ma femme et aussi de la mère de mon fils.
Quand cela a été enfin autorisé, nous nous sommes mariées, parce que c’était devenu une évidence et pour que ce soit plus « simple » et plus « facile » pour notre (ou nos) futur/s enfant/s puisque jusqu’à ce jour, je ne suis nulle part reconnue comme la deuxième maman d’Elio et qu’il n’a même pas été possible de l’inscrire sur notre livret de famille, sa maman biologique n’étant pas française.
Au final, notre drame a tissé un lien, un amour, un soutien et une confiance indéfectibles dans notre couple, on a appris à se comprendre sans même parler, on a évolué ensemble mais à chacune son rythme pour devenir meilleures, on est devenu plus complices, plus fortes, ensemble. Je ne peux envisager la vie sans elle, c’est devenu mon âme-sœur pour la vie.

Anne-Gaëlle : L’union fait la force ! Je suis contente d’avoir complètement partagé cette épreuve avec mon mari. Seule, je ne suis pas sûre que j’aurais survécu car lorsque cela nous arrive, nous pensons être complètement seuls à vivre le deuil d’un enfant que nous n’avions connu que par échographie, sensations dans le ventre et beaucoup de projections personnelles… Auparavant je n’avais jamais entendu parler du deuil périnatal. Si mon mari n’était pas là avec moi lors de l’accouchement, je n’y aurai pas survécu non plus. Savoir que l’on peut se soutenir l’un et l’autre permet d’avancer petit à petit, en prenant un jour après l’autre. Parfois il me consolait, et d’autres jours, c’était moi qui trouvais les mots pour le réconforter. Cela nous a permis de faire un parcours qui nous a amené à notre vie d’aujourd’hui. Nous avons rebondi et avons une jolie fille de 3 mois qui nous comble de bonheur ! En cela, j’en suis reconnaissante.

Piou : j’ai mesuré a ce moment là, la chance que j’ai de l’avoir à mes côtés. On a beaucoup discuté, et on s’est soutenu mutuellement . Même si je trouve que cest surtout lui qui a pris soin de moi.

3 Ptitours : Pour la 1er mort fœtale, nous nous soutenions l’un l’autre. Même si dans un 1er temps c’est surtout moi qui me suis effondrée, mon mari était la pour me soutenir et partager ma douleur.
Quand j’ai relevé la tête c’est mon mari qui a flanché, on nous avait prévenu que ça fonctionnait comme ça.

Elodie : Mon copain a été fort à ma place quand je n’allais pas bien. J’ai découvert des facettes de sa personnalité que je ne connaissais pas. Quand je n’arrivais pas à parler aux pompes funèbres ou chez la fleuriste, il a parlé à ma place. C’est quelqu’un de timide qui n’aime pas parler aux gens et là il l’a fait pour moi.

Emi nanadou : vivre cette épreuve à 2 permet dans un premier temps de se soutenir. Le choc est tellement fort qu’on peut parfois avoir le sentiment de décrocher. Notre conjoint devient notre repère. Et puis au final il est le seul à avoir vecu les mêmes choses. Les faits sont les mêmes pour nous 2. Ils est le seul à avoir vécu exactement les mêmes evenements. Le choc de l’annonce, l’accouchement, l’annonce à nos deux enfants. Nous avons perdu notre bébé. Je sais que son coeur se serre quand nous entendons son prénom. Je sais qu’il s est dit qu’il était beau. Je sais qu’il pense à lui. A sa facon, à son rythme…

Laure : Je ne suis pas certaine que sans la présence de mon compagnon, j’aurai pu dire au revoir à notre fille Rose, de la manière dont je le souhaitais. A partir du moment où j’ai accouché, Christophe est réellement devenu père et a pris son rôle très au sérieux, avec une force et un courage incroyable. C’est lui qui a nettoyé notre enfant et qui la ramené dans la salle d’accouchement. Il a accompagné les membres de la famille proche qui souhaitaient rencontrer Rose, à la chambre funéraire au retour de Rose suite à l’autopsie, il tenait beaucoup à l’habiller et à la déposer dans son petit cercueil, ce que nous avons fait. Nous avons écrit un texte qu’il a lu pour la cérémonie. Sans cette volonté de jouer son rôle de père à fond malgré les circonstances, je n’aurais pas pu lui dire au revoir de cette façon, il m’aurait manqué de force. Nous sommes tous les 2 devenus parents et avons fait ce qui nous semblait le mieux pour notre fille. Et aujourd’hui, bientôt un an après, je n’ai aucun regret sur la façon dont nous avons procédé et cela m’aide beaucoup.

Eléonore : Le choc est tellement énorme et quand on a d’autres enfants, il faut quand même continuer à assurer. Le fait d’avoir vécu ça à deux nous a permis de nous relayer. Je n’aurais pas survécu sans son soutien, sans lui. Il a été tellement là, tellement beau, tellement digne dans sa douleur et dans son chagrin… Il a été (est) mon phare dans la tempête, celui qui me montre que la vie peut continuer, qu’on reste soudés.

Perle : Suite à l’accouchement je ne suis restée qu’un mois après avec mon ex mari. Suite à une dispute concernant l’inscription sur le livret de famille de Charles, lui était contre il voulait garder cela secret – pas que nos futurs enfants l’apprennent en lisant le livret et moi je voulais au contraire le reconnaitre et que c’était le renier que de ne pas l’inscrire au sein de notre famille. Nous nous disputions depuis le début à ce sujet, seulement trop faible pour m’affirmer après l’accouchement je n’ai rien dit et j’ai souffert en silence. Jusqu’à la date anniversaire un mois jour pour jour après sa naissance. C’était trop douloureux et je suis donc partie définitivement sans aucun regret, en plus de tous les problèmes qui nous opposaient. Je suis rentrée chez mon père. Entourée des miens qui me soutenaient me comprenaient. Mon conjoint n’a compris que bien plus tard ma position mes choix et s’est rendu compte malheureusement trop tard que c’était la bonne solution. Il était dans le déni complet. Une semaine après être rentrée chez mon père et poussée par lui, j’ai repris mes études de droit. Ce fut mon let motiv, ma thérapie, je recommencé une nouvelle vie, j’avais tiré un trait total sur mon passé et je recommençais avec des gens qui ne connaissaient pas mon histoire même si je ne l’ai pas caché et quand j’ai eu envie de leur en parler je l’ai fait en ayant de très bons retours, et beaucoup de compassion. Cependant, malgré le fossé qui nous a séparé, je suis reconnaissante à mon ex mari d’avoir été là à sa manière, en s’occupant de moi tout en se protégeant. Il a beaucoup souffert aussi. Je pense avec le recul que l’on ne s’est pas compris mutuellement. Nous n’avons pas respecté chacun autant l’un que l’autre notre deuil et la différence de réactions entre les deux. Même si nous avons essayé. Ma douleur ma rancœur était trop grande, pour pouvoir rester avec lui. Pour autant je ne regrette rien. Je suis de nouveau heureuse. J’ai réussi à aller de l’avant même si tous les jours ne sont pas roses mais le fait de reprendre mes études m’a permis de

Pourriez vous nous raconter une anecdote qui vous a aidé à traverser ensemble ce moment difficile?

Froggy : Ce ne sont pas des anecdotes qui nous ont aidées mais des signes de notre fils au fil des mois et des années. Des signes que certains pourraient qualifier de « paranormaux », des signes qui ne s’expliquent pas rationnellement mais trouvent uniquement leur sens dans la présence de notre petit garçon quelque part avec nous. Malgré son absence, on sait qu’il est là. Jusqu’au jour où je l’ai vu dans une sorte « d’expérience de mort imminente » lors d’un accident, il était bien là et m’attendait calmement. Lors de cette rencontre, j’ai revécu le même bonheur inouï ressenti lors de sa naissance, le même état second du nirvana, c’était bien lui et depuis je n’ai plus aucun doute quant à sa présence parmi nous. Ma femme a rêvé de lui il y a quelques mois, le genre de rêve dont on se souvient toute sa vie, celui qui est si puissant, si profond et si réel qu’il nous bouleverse. Elle a rencontré notre petit garçon lors de ce rêve avec les mêmes sensations que j’avais ressenti lors de ma propre expérience. Il est définitivement bien là, il « apparaît » parfois lors de moments-clé, quand sa présence nous est nécessaire, c’est rassurant et réconfortant même s’il serait encore mieux dans nos bras.

Anne-Gaëlle : Nous avons fait une thérapie après la perte d’Eden. Grâce à Laetitia, qui dans L’Instinct de Vivre parlait d’EMDR, nous avons fait plusieurs séances avec un hypnothérapeute. Nous avons fait mon mari et moi des séances individuelles lors desquelles, le thérapeute nous a appris à faire de l’auto-hypnose. Le jour de la cérémonie des cendres pour Eden, nous étions tellement chamboulés, qu’arrivés à la maison, nous avons tous les deux décidé de faire de l’auto-hypnose. Nous étions chacun les yeux fermés dans notre chambre. Et nous avons tous les deux eu une expérience extraordinaire ! Nous avons ressenti et vu une profonde et intense lumière qui nous a apaisé, puis avons eu chacun des visions différentes mais avec le même message. Eden est venu nous parler. Il m’ a dit en me caressant le visage « maman ne t’inquiète pas, ça va aller » et à mon mari – qui dans sa vision voyait une petite fille dans un jardin qui allait faire de la balançoire avec un ange, Eden entouré d’un halo lumineux- « papa, ne t’inquiète pas, ça va aller ». A ce moment, nous ignorions, mon mari et moi que nous vivions chacun de notre côté la même expérience extraordinaire. Un moment difficile passé le matin, est devenu un moment inoubliable qui s’est révélé vrai car nous sentons qu’il va bien là où il est, et sa petite soeur est là aujourd’hui (encore petite pour faire de la balançoire, mais certes ! ). Nous savons qu’il est et sera toujours auprès de nous tout en étant bien baigné de sa lumière et cela nous a aidé à avancer.

Emi nanadou : durant lez 7 heures de l’accouchemement il ne m’a pas quitté une seconde. Il était là à mes côtés à vivre ces heures tellement douloureuses. Après la naissance de notre tout petit nous avons pu le voir. Cela s’est fait le lendemain. Quand je suis entré dans la chambre ou se trouvait son petit corps. j ai pensé que je ne pourrais pas le regarder. Et puis mon conjoint a posé ses yeux sur notre bébé. Alors je l’ai regardé tout d’abord à travers ses yeux à lui. Et j’y ai vu tellement d’amour pour notre bébé que je me suis dit qu’il devait être magnifique. Et il l’était…
A deux nous avons surmonté cette douleur terrible et ces étapes tellement difficiles. Par la suite nous avons avancé. Parfois dans le même timing mais aussi bien souvent en décalé. J ’ai appris à respecter ses moments de deuil et ses silences.

Piou : cest un petit peu bête comme anecdote. Mais quand j’étais encore a l’hopital, j’avais accouché la veille il me semble, je pleurais beaucoup . On s’est mis a regarder la télé et là on tombe sur un programme type télé achat qui ventait les mérites d’un produit un peu saugrenu et inutile. Et un fou rire nous prend. C’est con mais ca m’a fait du bien.
Sans forcément de rapport avec ma précédente anecdote. J’ai très vite eu la sensation que je ne devais pas lutter et que cette épreuve negative allait m’apporter quelque chose de positif. Jai appris que je suis quelqu’un de courageux, mon conjoint a été fière de moi . Et aujourd’hui j’essaye de profiter de la moindre parcelle de bonheur. Assez bizarrement je me sens protégée, comme si elle veillait sur nous. Comme si c’était elle de là ou elle est qui nous donnais la force …

Elodie : Je n’ai pas vraiment d’anedocte mais quand j’ai accouché et après avoir vu notre fils, nous n’avons pas pleuré mais nous étions apaisé de le voir. C’etait bizarre comme sensation.

Laure : Ce n’est pas vraiment une anecdote, nous avons très vite pris un rendez-vous chez une psychologue (nous avions déjà vu celle de l’hôpital mais nous n’avions pas vraiment accroché…) et nous y sommes allés ensemble. Cela a permis de libérer la parole et que chacun de nous deux entende et comprenne ce que ressentait l’autre. Je pense que cette aide extérieure est vraiment ce qui a permis à lever tout malentendu ou incompréhension, qu’il pouvait y avoir entre nous. Sans ça je ne pense pas que nous aurions réussi à rester « en phase » l’un avec l’autre. Car les non dits étaient assez importants, chacun voulant inconsciemment protéger l’autre. Il est important de tout mettre sur la table, de parler et de s’écouter. Une fois que l’autre explique ses réactions, même si nous ne les comprenons pas forcément, il n’y a plus de fausses interprétations qui peuvent détruire le couple petit à petit.

Eléonore : Le savoir près de moi lors de l’accouchement a été salvateur, vraiment. C’est le premier de mes trois accouchements où il a SU trouver sa place. Il faisait exactement ce qu’il devait faire, ce dont j’avais besoin. Il était à la place exacte dont j’avais besoin. Pour les deux autres, il ne trouvait pas sa place, nous n’étions pas coordonnés… Alors que là, c’était une communion incroyable. Il m’a d’ailleurs dit que paradoxalement, ça avait été le plus bel accouchement que nous ayons vécu, malgré l’horreur de la situation.

Perle : La chose la plus dure que j’ai eu à faire c’était la piqure qui a donné le geste fatal. Je tremblais de partout. J’ai vraiment cru que j’allais mourir de chagrin. Et mon ex-mari s’est tenu à mes côtés et a pleuré à mes côtés en me chuchotant des choses dont je ne me rappelle plus mais qui m’ont apaisé je pense que s’il n’avait pas été là à ce moment, je n’aurais pas pu survivre. Un autre moment marquant fut la veille de l’opération, et là je remercie mon père. Je suis restée muette durant toute la journée, impossible pour moi d’ouvrir la bouche de bouger de parler, de manger ou boire. Je restais stoïque. C’était au-dessus de mes forces je ne pouvais pas le faire. Je ne pouvais pas tuer mon bébé. C’était au-dessus de mes forces. Et le soir ne parlant toujours pas, mon père est venu et il m’a demandé de visualiser mon enfant comme je pourrais l’imaginer à l’âge de 2,3,4,5 ans et de ou me demandant pourquoi il ne pouvait pas jouer comme les autres, pourquoi il n’était pas normal, pourquoi il avait cette maladie, et finalement le voir mourir dans mes bras entrain de souffler ses bougies. Certains pourront trouver ces images et cette description terrible à entendre ou à dire car oui il en a fallu du courage à mon père pour me dire ça les yeux dans les yeux, en pleurs… mais c’est ça qui a fait que le lundi le lendemain matin je me suis levée et j’ai eu le courage de faire ce qui était le mieux pour mon bébé et surtout en étant convaincue que c’est ce qui était le mieux pour lui. Et pour nous, pour moi.

Si vous aviez un conseil à donner aux couples qui traversent l’épreuve c’est …

Dorothée : Le plus précieux conseil que j’ai reçu à l’époque et que je redonne dès que j’en ai la possibilité, est de parler autant que possible tous les deux ! Ne pas juger l’un s’il parle de trop de cette épreuve, ou l’autre s’il n’en parle pas assez. Ne surtout pas penser à la place de l’autre, interpréter ses paroles ou ses silences. Il est primordial pour le couple de rester connecté pour ne pas créer d’éloignement qui pourrait amener à une rupture. L’un ne vivant pas la situation comme l’autre, il faut accepter ce qu’il ressent et respecter cela.

Froggy : Ce serait de vous raccrocher à ce qui au départ a instillé ce désir d’enfant dans votre couple, l’amour, l’Amour dans un sens très large, le respect de l’autre, l’écoute, l’empathie, la liberté d’être soi-même au sein du couple. Vous ne serez pas forcément tristes au même moment, vous ne craquerez parfois probablement pas aux mêmes périodes bref chacun de vous aura un cheminement de deuil différent. La terrible erreur serait de ne jamais en parler, de parfois ne pas oser pour ne pas rendre triste l’autre alors qu’en ce moment ça a l’air d’aller, si vous avez envie d’en parler, faites-le mais sachez aussi parfois respecter le silence de l’autre, acceptez que votre partenaire puisse réagir différemment, ne retenez pas les larmes, ne vous cachez pas, soyez honnête, gentil et vrai l’un avec l’autre.
Mettez-vous à la place de la maman. Les mères biologiques ont aussi des modifications hormonales, physiques et mentales à la suite de l’accouchement, n’oubliez pas de prendre en compte cette dimension « physique » quand vous-mêmes n’avez pas à eu à accoucher, rendez-vous compte aussi de tout ce qu’elle a dû traverser en plus du deuil de son enfant.
On dit souvent que l’on n’est plus la même personne après le deuil d’un enfant, c’est valable aussi pour votre partenaire, soyez là pour l’un et l’autre, communiquer est la clé pour se soutenir, pour vivre avec car il n’y a pas de date d’expiration pour le deuil périnatal. On repart de néant, notre vie, nos priorités, nos naïvetés, notre couple, tout est à reconstruire. Prenez le temps qu’il faut, soyez indulgent envers vous-même, faites juste au mieux.

Anne-Gaëlle : Accrochez-vous, c’est dur, douloureux souvent infernal, le chagrin reste à vie mais tenez-bon, partagez l’amour pour votre enfant. C’est un cliché mais l’amour est essentiel à la vie, chérissez-le.
En réalité j’en aurais plusieurs : parlez-vous et écoutez-vous. Parfois on est tellement pris dans son propre marasme que l’on n’écoute pas vraiment l’autre ou on se terre dans son chagrin. Dans la mesure du possible, ne le faites pas. C’est en communiquant que l’on arrive à sortir de cette épreuve. Car si vous vous êtes compris, et vous vous sentez compris par l’autre alors vous vous sentez moins seul, cela vous apporte du réconfort. Enfin, je rajouterai un conseil : si vous voulez vous retrouver seuls à deux, faites-le. Parfois l’entourage veut « essayer » de nous aider mais finalement ce n’est parfois pas le cas (mots mal choisis, maladroits, etc.). Mon mari et moi avons décidé de partir loin, en voyage à Bali car nous en avions les moyens et le besoin ! Cela a encore plus resserré nos liens et ce voyage nous a apporté une dimension spirituelle malgré le choc des cultures. Rien n’est hasard, notre guide-taxi avait plus de 40 ans ainsi que sa femme et regrettait de ne pas avoir réussi à avoir d’enfant. Il nous a dit qu’à Bali, la richesse se faisait par la famille et non par l’argent. Tout était dit…et nous avons relativisé car chacun a son lot d’épreuve à passer, cela fait partie de la vie. Répétez-le vous souvent. Voilà mon (vrai) dernier conseil !

Emi nanadou : écoutez vous. Ecoutez votre conjoint. N’attendez pas de votre conjoint d être toujours en phase avec vous. N’attendez pas qu’il ou elle réagisse comme vous. Mettez des mots même si cela est difficile. Dites vous que vous tenez l’un a l’autre. Dites vous que vous avez fait comme vous le pouviez. Dites vous que vous n’avez pas faillit. Regardez vous vraiment. Ce ne sera pas toujours facile. Loin de là. Mais surtout communiquez.

Piou : que chacun a une manière bien a lui de gérer son deuil. Que les étapes ne seront pas forcément simultanées et qu’il faut accepter ces différences. C’est le genre d’épreuve qui soit nous rapproche soit nous éloigne. J’ai de la chance dans mon malheur, je suis à ses côtés.

3 Ptitours : N’oubliez jamais que vous traversé ça à 2 mais que chacun vivra sa douleur différemment. J’ai énormément souffert du manque de communication de mon mari, je pensais qu’il avait oublié nos garçons parce qu’il ne pleurait pas et n’en parlait pas,  bien évidemment ce n’était pas le cas et pour lui c’était un moyen de me protéger.
Pour les 2 et 3eme mort fœtale il s’est éloigné et moi je me sentais incomprise, j’ai même cru à la fin de notre couple. Alors j’ai fait des efforts j’ai appris à vivre ma douleur seule pour en parler moins souvent et retrouver un quotidien plus joyeux.

Elodie : J’aurai comme conseil de se parler et de s’ecouter. On ne vit pas les choses de la même facon donc il faut se parler pour voir où en est l’autre par rapport à nous.

Laure : Comprendre que ce n’est pas parce que l’autre ne réagit pas comme vous qu’il n’est pas émotionnellement dans le même état que vous. Chacun vit sa peine à sa manière, et il est très important de respecter cela. Pour Christophe, il fallait avancer à tout prix, « passer à autre chose », s’occuper l’esprit coûte que coûte. Pour moi, c’est le contraire, j’avais (et encore aujourd’hui) besoin d’accueillir ma peine, de la ressentir profondément. Une fois qu’on sait ces différences, chacun peut respecter l’attitude de l’autre sans les lui reprocher. Et chacun peut aussi, faire un pas vers l’autre selon le moment. Cela nous a permis, de ne pas être dans un extrême ou dans l’autre. Et de montrer à l’autre, que nous prenons en compte ses émotions et la façon de vivre son deuil. La communication et le respect sont donc pour moi les éléments essentiels pour traverser cette terrible épreuve sans ajouter des disputes et des reproches inutiles, qui malheureusement arrivent fatalement. Mais quand cela arrive, il faut y revenir dessus en expliquant calmement les points de vue de chacun. En tout cas pour nous, cela a été essentiel (et encore aujourd’hui!).

Eléonore : Mon conseil serait de ne surtout pas faire de suppositions sur l’état d’esprit de l’autre. Et ne pas attendre qu’on avance à la même vitesse. Nos émotions ne vont pas au même rythme, les manifestations de chagrin ne sont pas les mêmes et il ne faut pas essayer d’interpréter le silence de l’autre. Il ne faut pas s’imaginer qu’il s’agit d’indifférence, ou d’oubli… en fait il faut essayer de trouver le moyen de communication qui nous permet d’être le plus respectueux possible.
Ecrire est une solution intéressante car elle permet de développer sans être interrompu ce qu’on ressent, de se poser pour choisir les mots les plus justes, et de respecter la pudeur du destinataire, qui pourra le lire quand il s’en sentira capable…
Le respect, l’écoute et la confiance sont la base : on peut traverser cette épreuve et en sortir encore plus soudés qu’avant, grandis, « assurés ».

Perle : Je ne sais pas si je peux donner un conseil… mais je vais tenter. Je pense qu’il faut s’ECOUTER, SE RESPECTER et surtout essayer de comprendre l’autre.
Le respect est ce qui a le plus manqué à notre couple. Et comprendre que l’autre EST différent et peut donc souffrir différemment. Aujourd’hui je pense être heureuse, même si tous les jours ce n’est pas facile. Je recommence une nouvelle vie j’ai une belle carrière qui s’offre à moi. J’ai rencontré depuis peu quelqu’un qui m’admire beaucoup pour mon chemin parcouru sans renier ma souffrance mais au contraire en l’ayant accueillie, en ne la minimisant pas, sans aucun a priori… J’écris sur ce thème pour que les mamans isolées ne se sentent pas isolées. J’ai eu la chance malgré ma séparation d’être entourée de ma famille et d’avoir repris vite mes études, j’ai préféré voir la chance que j’avais le côté positif de ce qui m’était arrivé, plutôt que de m’apitoyer sur mon sort… facile à dire certes, mais si je l’ai fait tout le monde peut le faire. Croyez en vous et croyez en votre force inestimée et inestimable qu’est la force d’une mère…


Crédits

La présente oeuvre est une publication commune de [Dorothée, Froggy, Anne-Gaëlle, Emi nandou, Piou, 3Ptitours, Elodie, Laure, Eléonore], publiée selon les termes de la licence libre Creative Commons BY-SA . Cette licence enrichit juridiquement nos droits d’auteurs et autorise d’autres entités (associations, collectivités, coopératives) à potentiellement réutiliser le document et à l’adapter, tout en citant de manière précise la provenance du document et ses auteurs. La publication devient ainsi un bien commun qui peut diffuser et s’enrichir.

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