La Mort Foetale In Utero (MFIU)

By 5 décembre 2017Les manuels co-écrits
mort foetal in utero

L’annonce

Delphine : « Vous avez raison, il n’y a plus rien, je suis désolé ». Voilà comment j’ai appris la mort de mon bébé par le gynécologue de garde. C’est un peu sec. Mais y a t’il une bonne manière d’annoncer à une maman le décès de son enfant?
J’avais compris en voyant l’écran d’échographie que le coeur de mon bébé ne battait plus. Ses petits bras semblaient flotter. Et je ne le sentais plus bouger depuis 3h du matin. J’avais tout essayé pour le stimuler et mon mari aussi.
Ce qui me decevra le plus sur ce médecin c’est que je ne l’aurais vu que 5 mn pour l’annonce et qu’il ne repassera finalement même pas me voir ni plus tard dans la matinée, ni après l’accouchement.
J’étais seule dans une salle d’accouchement, mon mari ne pouvant entrer avec mon fils de 4ans. Alors les sanglots dans la gorge j’appelle ma sage-femme libérale, ma maman, ma meilleure amie : « il n’y a plus de bébé, il est mort… »

Sandy : Pour moi il y a eu l’avant annonce… Un jour avant que j’apprenne que mon bébé avait cessé de vivre, je me sentais comme dans un autre monde, j’avais du mal à sourire, je me sentais intérieurement triste, je ne pouvais l’expliquer. Puis ce jour où j’ai passé une mauvaise nuit, où j’ai commencé à me sentir vraiment très triste. La matinée passée, je suis allée prendre ma douche car je devais aller voir l’anesthésiste en début d’après midi. C’est à ce moment que j’ai eu comme une prise de conscience réelle, mon bébé n’avait pas bougé de la matinée. Sur le côté droit de mon ventre, je sentais son petit pied ou sa petite main, je la poussais, elle revenait, mais mon bébé ne bougeait pas le reste de son corps, mon ventre restait sans mouvement. J’ai tout d’abord pensé qu’il devait être fatigué, qu’il dormait profondément, qu’il allait se réveiller. De toutes façons ça ne pouvait être autre chose. Puis est venu le moment du rendez vous avec l’anesthésiste, juste à côté des urgences de la maternité. Dans la salle d’attente, je caressais mon ventre, je poussais toujours ce petit pied ou cette petite main, mais il n’y avait toujours aucune réaction, les heures passaient, et l’angoisse commençait à m’envahir. Durant le rendez vous je répondais de façon automatique au médecin, mais je n’étais déjà plus là… Après avoir été acheter un cadeau pour mon grand garçon pour la fête des papas arrivant, je suis rentrée à la maison, je me suis allongée, j’ai lu tout ce que je pouvais lire sur internet sur « comment faire réagir son bébé dans le ventre », j’ai fait tout ce que j’avais pu lire, j’ai bu du froid, du chaud, j’ai mangé, je me suis allongée… Rien n’y faisait, il ne bougeait pas… J’ai attendu le retour de mon fils, qu’il soit couché et en sécurité, bien entouré. Puis je suis allée à l’hôpital.
Je me souviendrais toujours de ce soir là, une sage femme m’a accueillie, elle a commencé à me faire une échographie directement, elle cherchait, je le voyais, elle essayait de me rassurer, mais elle ne le pouvait pas, je voyais moi-même à l’écran que mon bébé était immobile, je ne voyais pas son coeur battre, ni aucun de ses mouvements. Alors elle est allée chercher le médecin, qui est arrivé très vite. Il a pris l’appareil, a cherché quelque minutes, ma tête était déjà tournée, je ne regardais plus l’écran, j’attendais juste qu’on me le dise, même si j’espérais au fond de moi un « c’est l’appareil qui ne fonctionne pas ». Cette phrase a résonné longtemps en moi, encore parfois aujourd’hui « J’ai bien peur d’avoir une mauvais nouvelle à vous annoncer… » puis un silence autour de moi, en dehors de mes pleurs. Ce n’était pas possible, ça ne pouvait pas être ça, il ne pouvait pas mourir en moi… La sage femme m’a emmené dans une autre pièce, seule, elle allait appeler mon ami, je voulais tellement qu’il soit là, et je l’ai attendu, seule dans cette pièce, tellement silencieuse, il est arrivé très vite…Comment allais-je annoncer ça à mon petit garçon de 3 ans …

Piou : Pour ma part, l’annonce a été marquée par le déni ( je m’etais rendu aux urgences parce que je ne sentais plus bouger mon bébé). Ce n’était pas possible et je m’attendais à ce qu’un autre médecin vienne m’annoncer autre chose que cette réalité que je ne voulais admettre.
Mais la procédure de déclenchement de l’accouchement se met en place et on n’a pas d’autre choix que d’accepter.

3PtiToursEtS’enVont : J’ai vécu 3 MFIU, à chaque fois découvertes lors du suivi mensuel de mes grossesses. Je me souviens que la 1er fois j’étais comme anesthésiée, je regardais le médecin, je l’entendais mais aucun son ne pouvait sortir de ma bouche et aucune larme ne coulait. C’était comme de la sidération.
Les 2 autres fois, je savais que mes grossesses pouvaient se terminer tragiquement et certainement inconsciemment je m’y étais préparé. Même si la douleur de la situation sera toujours là, je n’ai plus jamais ressenti cet état de sidération.

Eléonore : Amaël était mon troisième bébé. Mon troisième petit garçon. Un matin, à neuf jours du terme, je me suis rendue compte que je ne le sentais plus bouger. J’ai essayé de le stimuler, beaucoup, toute la matinée… Je me sentais mal, j’avais une sorte de panique en moi, quelque chose qui me disait que ce n’était pas normal. Je suis allée à la maternité, vers 15h30, seule, car mon mari devait emmener nos deux grands à la kermesse de leur école. Arrivée là bas, une sage-femme m’a posé un monito… Plat. J’ai su. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, est allée chercher une collègue qui n’a rien trouvé non plus, et a refusé aussi de me dire quoi que ce soit. Elles ont tenté l’écho, rien non plus : je savais. Je savais au plus profond de moi. Mon coeur s’est emballé, au point de battre à la vitesse de celui qu’aurait pu avoir mon bébé. Il a fallu que j’attende que le gynécologue de garde arrive. Et moi, je suppliais les sages-femmes de me dire ce qu’il en était, j’avais BESOIN de l’entendre, même si je savais. J’étais terrorisée, sur le coup, par la question « comment est ce que je vais pouvoir annoncer ça à mon mari et mes enfants ? ». Lorsque le gynécologue est arrivé, il m’a posé la sonde d’écho sur le ventre. Sans un mot. Et … Il a commencé à mesurer le périmètre crânien de mon fils. C’est à ce moment là que j’ai commencé à perdre mon sang-froid. Je lui ai demandé clairement si le coeur de mon bébé battait, oui ou non ?!
Et j’ai entendu, enfin, ce que je savais. « Non, je suis désolé, il n’y a plus de mouvements cardiaques ». Une chape de plomb s’est abattue sur mes épaules. Un voile s’est levé devant mes yeux, mes oreilles bourdonnaient. Je ne pouvais dire que « mon dieu non, non… Ce n’est pas vrai non… » et pourtant je savais… Il m’a demandé si je m’étais exposée au soleil (« ah ben non, vous n’êtes pas bronzée. Non parce que vous savez j’ai une patiente qui s’est exposée au soleil et a perdu son bébé comme ça hein »), j’étais trop atterrée pour pouvoir lui répondre quoi que ce soit… J’ai enfin eu le droit de joindre mon mari. Je lui ai dit « il faut que tu viennes à l’hôpital… On a perdu notre bébé ». J’ai eu l’impression de l’avoir mis KO, de l’avoir giflé. D’une voix blanche, il a dit « non… », ensuite j’ai appelé une amie pour qu’elle vienne s’occuper de nos enfants. Et mon mari m’a rejoint et nous avons été mis au courant, dans cette maternité, de ce qui allait suivre.

Emi nanadou : C était ma troisieme grossesse. L’annonce a été faite par mon gynecologue lors d’un rendez vous mensuel. Il a commencé l’examen et en quelques secondes tout a basculé. Une premiere phrase : « Je n’aime pas ce que je vois ». Et dans le même temps je remarque tout de suite que mon bébé ne bouge pas. Il semblait flotter. Mon gynecologue est figé. Le visage crispé. Je lui demande si mon bébé est mort. Il ne répond pas immédiatement. Je lui demande en pleurant s’il est mort. Il me répond qu’il est désolé, que son coeur s’est arrêté. Il me parle des cachets que je vais devoir prendre le lendemain. Il me parle de péridurale. Mais à cet instant, je n’avais pas compris que je devrais accoucher. Mon cerveau se bloque sur l’annulation de la commande de notre réfrigérateur qui doit arriver le lendemain. Et sur nos enfants qu’on doit aller chercher a la crèche et au centre de loisirs. Je fixe mon cerveau sur des choses du quotidien pour ne pas disjoncter littéralement. Comme un réflexe de protection

Sandrine : Le 20 mai 2016, j’accouchais de notre premier enfant, Noah, dans ma 27ème semaine de grossesse. Depuis plusieurs jours, j’avais l’impression de moins le sentir, mais la dernière visite chez ma gyneco le 14 mai montrait que tout allait bien, il avait changé de position, le placenta était entre lui et mon ventre, … cela expliquait le fait que je le sente moins.
Le 19 mai à 19h, mon mari et moi nous sommes rendu à l’hopital pour assister à un atelier de préparation à l’accouchement. Je ne me sentais toujours pas sereine, je me suis donc arrangée pour arriver 15 minutes à l’avance et demander à une sage-femme de faire un monitoring pour me rassurer.
En 10 minutes, nous n’avons pas trouvé le coeur de Noah. Pour ne pas mettre tout le monde en retard, nous décidons avec la sage-femme d’essayer à nouveau après l’atelier. Durant celui-ci, nous avons notemment visité les salles d’accouchement, parlé de la péridurale, sans penser que j’y accoucherais bien plus rapidement que prévu.
Après l’atelier, retour dans la salle de monitoring, la sage-femme ne trouve pas le coeur, elle appelle un collègue, qui ne trouve rien non plus. Les minutes passent, le stress monte. Les sages-femme finissent par décider d’appeler le gynécologue de garde.
Quelques dizaines de minutes plus tard, le gynécologue arrive, il pose la sonde de l’echographie sur mon ventre et nous annonce froidement: « il est mort ». Je pense avoir bien compris, mais mon mari le fait répeter: « il est mort ». Dans un autre monde, je me mets à crier, pleurer,… Le gynécologue ne trouve rien de mieux à faire que de me réprimander car mes sanglots l’empêchent de prendre ses mesures.
Si effectivement notre petit garçon était décédé, quelle était l’urgence de prendre ces mesures …
Nous étions tellement perdus, hors du temps, que nous n’avons même pas réagi.

Jennifer B : Arrivée à 39SA et 2 jours, j’avais commencé à avoir des contractions vers 3h du matin et certainement la perte des eaux avec un liquide teinté, légèrement marron (j’ai eu au téléphone une sage-femme de l’hôpital qui m’a dit qu’il n’y avait pas d’urgence à venir et qu’il était possible de me recoucher avec une protection hygiénique…), j’avais donc pris une douche et 2 spafons et m’étais recouchée tranquillement car la sage-femme était très rassurante. Mon mari étant au travail et ne pouvant revenir que sur le matin, j’avais décidé d’attendre le dernier moment pour me aller accoucher… Le matin vers 8H30 je devais arriver dans le service et aussitôt prise en charge par une sage-femme qui avait eu connaissance de mon appel dans la nuit lors des transmissions. A aucun moment je ne pensais que, ce qui devait être l’un des plus beaux jours de ma vie, tournerait au cauchemar. Et pourtant ça arrive, mais on ne nous en parle pas assez : c’est encore tabou le deuil périnatal.
Je venais donc pour accoucher, et j’attendais que mon mari arrive avec impatience; mais ce jour-là, le bus qui le ramenait a eu un pneu de crevé (le genre de chose improbable, ou qui n’arrive que très rarement)… Je suis donc accueillie par une sage-femme sympathique et jeune qui voulait me poser le monitoring et qui avait besoin pour cela de trouver le coeur de mon bébé… Elle le cherchait… ne parlait pas trop… cherchait… et comparait avec mon pouls… L’idée que quelque chose de mauvais puisse arriver m’a effleuré l’esprit, mais je l’ai de suite chassée : non je n’avais pas le droit d’avoir de mauvaises pensées en ce jour (qui promettait d’être) si joyeux… Mais, j’ai commencé à ressentir de grosses bouffées de chaleur quand elle a allumé le dopler sur l’échographe et qu’il n’y a rien eu (d’habitude on peut y voir les battements cardiaques et ça fait du bruit aussi); je lui ai même dit à ce moment précis : « mais normalement il y a des battements? » Elle m’a immédiatement répondu que le dopler ne fonctionnait pas sur cet appareil et est allée en chercher un autre… J’essyais, en gardant mon calme, de la guider au mieux, sachant exactement à quel endroit les différents gynécologues avaient pu écouter son petit coeur (toujours sur la gauche et ses petits pieds d’ailleurs étaient toujours sur ma droite… Car ma petite princesse était déjà bien descendue depuis quelques temps (en position, prête à arriver) tout comme, elle bougeait moins, mais ça c’était apparement normal en fin de grossesse).
Elle m’a enfin dit qu’elle allait chercher la gynécologue de garde (c’était elle qui nous avait fait notre toute première échographie; notre gynécologue qui nous suivait pour la pma; celle qui était, entre autres, un peu à l’origine de notre « bébé miracle »). Cette même personne m’a annoncé qu’il n’y avait plus d’activité cardiaque et qu’elle était désolée….Son petit coeur avait donc cessé de battre.
A ce moment là, mon cerveau a comme disjoncté, je n’intégrais plus trop ce que l’on pouvait me dire : j’étais comme ailleurs. Je me souviens avoir dit à l’ami qui m’accompagnait le temps que mon mari arrive : « et tu te rends compte, il va falloir que j’accouche »; car oui la gynécologue m’avait dit que si c’était un vrai travail, j’allais accoucher dans la journée mais que sinon, il y avait un protocole à respecter et que, dans le meilleur des cas, j’accoucherai le dimanche (voire le lundi).
Je disais : « c’est pas possible, je vais me réveiller, je fais un cauchemar »….et j’ai cru entendre au loin la gynécologue qui a répondu : « vous êtes en train de le vivre ce cauchemar »…
J’ai aussitôt demandé à la gynécologue, s’il était possible de recommencer les FIV et si oui, dans combien de temps?
(depuis l’annonce, j’ai toujours eu une forte envie de reprendre la pma, même si ce parcours est assez difficile… C’est rien à côté de perdre son enfant, j’ai envie de vivre quelque chose de beau jusqu’au bout, j’ai envie d’être heureuse à mon tour, de prendre mon bébé dans mes bras, j’ai cette forte envie de prendre ma revanche sur la mort, l’envie de porter la vie et donner la vie… et plus me transformer « en cercueil »)
Je voulais absolument prévenir mon mari et demandais qu’on me donne mon téléphone (posé un peu plus loin), le personnel a essayé de m’en dissuader, et ils me proposaient plutôt d’attendre son arrivée; c’est quelque chose que je ne pouvais faire : il fallait immédiatement que je l’informe.
Ensuite, on est venu me faire des prélèvements sanguins, la sage-femme m’a examiné le col… Et mon mari est arrivé. Enfin je n’étais plus seule.
Et on nous a mis dans une chambre individuelle dans le service des grossesses à risque.

Le temps entre l’annonce et l’accouchement

Delphine : Je savais que j allais devoir accoucher, mon mari pensait qu’on allait me faire une césarienne tout de suite. J’étais loin de penser qu’on me renverrai chez moi pour 3 jours. Avec le recul, je pense que ce temps est nécessaire pour que notre corps et notre esprit acceptent de laisser partir le bébé. Au bout de trois jours, le ventre est lourd et on n’a plus de doute, il est vraiment parti… Mais ce sont aussi 3 jours affreux à vivre cloisonné chez soi pour ne croiser personne. A commencer à expliquer à l’aîné de 4 ans ce qu’il se passe. Mais comment lui expliquer qu’il ne verra jamais son petit frère alors qu’il est encore là dans mon ventre? Je ne veux pas non plus faire venir ma mère qui habite loin pour ne pas qu’elle me voit avec mon gros ventre, si plein, si vide. Je suis épaulée par une amie qui a vécu le même drame que moi. Même sans parler, être avec quelqu’un qui a partagé cette douleur m’a fait beaucoup de bien.

Sandy : Après l’annonce, tout s’enchaîne, on vient à peine d’apprendre que notre bébé est mort, que nous entendons tous ces mots « Désolés, ça arrive, malheureusement, on n’a pas toujours d’explication, on va vous faire une prise de sang… », « Vous allez revenir demain, pour parler de l’accouchement, des obsèques, voudrez-vous une autopsie? … » Je vais devoir accoucher?? Comment je peux faire ça, comment je peux accoucher de mon bébé sans vie? Je ne pourrais pas… Heureusement que mon ami est là, sans lui, je n’aurai pu rentrer à la maison. On m’a donné un rdv, je suis rentrée et j’ai passé la nuit à pleurer, je ne pouvais supporter cette réalité qu’à l’intérieur de moi mon bébé était toujours là, mais que son coeur ne battait plus, mon ventre, mon corps tout entier était comme un tombeau, je voulais juste qu’on me libère… Puis le lendemain, on revient, et on a rdv au milieu des femmes enceintes souriantes, moi je suis portée par mon ami, mes sanglots ne peuvent s’arrêter, c’est tellement inhumain de nous faire attendre ici, au milieu de ces femmes qui ne comprennent pas pourquoi je suis dans un tel état. Puis le responsable arrive, et nous parle de toute la procédure. Je dois accepter aujourd’hui de devoir accoucher, je vais prendre un médicament pour faire travailler le col, puis je reviendrais le lendemain pour accoucher. On nous parle du corps à nouveau, d’une possible autopsie, on nous donne un petit livret « parents en deuil », si on veut qu’ils s’occupent de l’enterrement… Je ne suis pour le moment plus vraiment de ce monde, je veux juste qu’on me libère, je ne peux penser à la suite, mon corps tout entier est comme mort, …

Piou : Deux choix s’offraient a moi: rester hospitalisée ou rentrer chez moi après avoir pris 2 comprimés (qui servent à déclencher l’accouchement et travailler le col) . Ces comprimés sont à prendre après l’annonce ainsi que le lendemain. J’avais choisi de rentrer a la maison .

3PtiToursEtS’enVont : A 5 mois de grossesse je n’ai pas eu d’autre choix que d’accoucher. J’ai pris les 2 comprimés, je suis rentrée chez moi et je suis revenue pour accoucher 2 jours plus tard. Ces 2 jours sont à chaque fois très étranges, les bébés étaient toujours dans mon corps mais je les savais morts et le quotidien reprend son cours. Il y a même une fois où mes parents sont venus fêter mon anniversaire durant cette attente.

Eléonore : J’avais le choix : soit je restais là, dans une chambre de maternité, à côté de ces femmes qui tenaient leurs bébés si bruyants dans leurs bras, qui étaient insouciantes et heureuses, soit je rentrais chez moi et revenais pour un déclenchement le lendemain matin, tôt. J’ai choisi la deuxième option. Rester là-bas était absolument insupportable.
Nous sommes donc repartis tous les deux, avec un comprimé de xanax. KO. Une amie nous a rejoints. Nous avons averti nos familles. Et moi, je me suis instantanément haïe. Je ne pouvais plus supporter d’avoir un bébé mort dans mon ventre. Je ne pouvais plus me toucher ou me regarder le ventre, si j’avais pu me l’arracher je l’aurais fait. Je ne pouvais que pleurer. Et me haïr, haïr ce corps qui n’était plus qu’un cercueil vivant. Je portais la vie quelques heures avant, et là, je portais la mort, et je voulais qu’il sorte. VITE. Je n’en pouvais plus de ce sentiment d’être un cercueil vivant. C’était insoutenable, une torture morale d’une violence inouïe ! Nous avons passé la nuit à pleurer, parfois à dormir d’un sommeil sans rêve, une sorte de coma. Je me souviens m’être réveillée très tôt, et avoir mis quelques instants à réaliser que c’était vrai. Je me suis réveillée comme future maman, l’espace de quelques secondes j’ai cru avoir fait un cauchemar, et puis la réalité m’a explosé au visage, encore plus violente que la veille. Mon bébé était toujours mort, toujours mort en moi. J’ai trouvé le courage de prendre une douche, en évitant soigneusement de croiser mon reflet dans le miroir…
Nous sommes allés à la maternité, vers 6h30 du matin. Et là, nous avons attendu dans une chambre, jusqu’à 10h, qu’on vienne me poser le tampon pour le déclenchement, toujours entourés de ces bébés qui manifestent leur bonne santé bruyamment.

Emi nanadou : Le lendemain Je suis retournée voir mon gyneco pour prendre les 2 premiers comprimés et avoir mon rendez vous avec l’anesthésiste pour la péridurale. C’est à cet instant que je comprends que mon accouchement va être déclenché. Tout ça me paraît insensé. Je me dis qu’on ne peut pas me demander d’accoucher. Je ne pourrai pas. Ma plus grande peur à ce moment là est d’accoucher seule a la maison. Je demande à mon gynéco s’il est possible que le travail se déclenche rapidement . Il me répond que oui, qu’on ne peut pas savoir à priori comment mon corps va réagir aux comprimés. Je demande donc a être hospitalisée dès le lendemain. Nous avons appris la mort de notre bébé le lundi, pris les 2 premiers comprimés le mardi. Je suis entrée a la maternité le mercredi soir et j ai accouché le jeudi. Soit 3 jours après l’annonce. Porter ce bébé alors que je sais qu’il est mort est un sentiment indescriptible. Je n’ai pas pu annoncer à ce moment-là, à mes enfants ce qui se passait. Je ne pouvais pas leur dire que le bébé était mort alors que je le portais encore. Pendant ces 3 jours, j’ai refais minute par minute tous les gestes de mes journées. J’essayais de trouver pourquoi. Qu’est-ce que j’avais fait pour qu’il meurt? Mon cerveau analysait chaque geste des derniers jours seconde par seconde. Mon cerveau tournait en boucle. Le jour, la nuit.

Sandrine : Mais que s’est-il passé, qu’est-ce que j’ai fait de mal? Je fouille ma tête pour trouver comment cela a pu arriver, je demande s’ils sont certains que c’est finit?
On me fait immédiatement une prise de sang ultra complète et puis on nous parle de l’accouchement. J’allais devoir accoucher, je n’imaginais pas comment j’allais pouvoir accoucher de mon bébé décédé. On nous propose de me donner des médicaments pour le déclenchement, et de revenir le lundi pour accoucher (nous étions jeudi soir).
Nous avons répondu qu’il était hors de question de rentrer comme ça à la maison et que s’ils étaient certains que notre bébé était décédé, nous voulions provoquer l’accouchement tout de suite.
J’ai pris des comprimés, le gynécologue de garde m’a aussi posé une sorte de petit ballon sensé dilater le col de l’utérus. J’ai été transportée dans une chambre de la maternité, en attendant que les premières contractions arrivent. Il devait être 23h30-24h00 le jeudi 19 mai 2016.
Mon mari était comme moi dans un autre monde, mais il est resté auprès de moi, sauf pour retourner de temps en temps à la maison (10 minutes de l’hôpital) pour donner à manger à notre chienne et la sortir.
J’étais dans un tel état que les sages femmes voulaient me donner des calmants, que j’ai refusé. Je voulais être consciente de tout ce qu’il se passait, je ne voulais pas rater un seul instant de ceux qu’il me restait avec mon bébé.
Les premières contractions sont arrivées vers 1h du matin je crois. C’était horrible. Il était hors de question que je souffre, les sages femmes ont donc immédiatement appelé l’anesthésiste pour me faire la péridurale. Je suis donc transportée en salle d’acouchement à partir de ce moment. Cela fut très long, Noah est enfin arrivé à 18h45 le 20 mai.

Jennifer B : Le temps entre l’annonce et l’accouchement m’a paru comme suspendu, depuis que mon mari m’a rejoint, j’ai eu l’impression de ne plus être dans la même dimension qu’avant. Cette terrible annonce allait et avait commencé à tout chambouler dans ma tête… J’étais comme un zombie… On attendait sagement, que le temps passe… Que le travail se fasse, et tout cela tout seuls tous les deux. J’étais assise sur le ballon dès que c’était douloureux et mon mari me massait le bas du dos. Cela a duré de 10H (dilatée à 2cm) du matin à 14H/14H30; quand la sage-femme a dû m’examiner, cela a été très long et très douloureux. Elle hésitait, ne savait pas si j’étais à 2 doigts ou plus… et juste arrivée en salle d’accouchement, j’avais la confirmation que j’étais à 8 cm… les contractions étaient très rapprochées et je ne pouvais rester immobile… la pose de la péridurale ne s’annonçait pas idéale… mais l’anesthésiste m’a mise sous gaz (qui m’a un peu shootée) et cela a bien aidé pour la péridurale. Ce gaz m’a beaucoup aidé, il me faisait comme oublier la gravité de la situation, je disais à l’anesthésiste que c’était une belle femme, qu’elle était gentille… et j’avais l’impression de parler super lentement.

L’accouchement

Delphine : Nous décidons de passer les 2 dernières nuits à l’hôpital mon mari et moi car j ’angoisse trop à la maison. Le gynéco, le jour de l’annonce, m’avait dit que j’accoucherai rapidement. Pourquoi ne m’a t il tout simplement pas dit que ce serait un accouchement normal mais sans bébé qui pleure a la fin?
Ce jour là je n’ai pas pleuré parce qu’il fallait que je sois forte pour que tout ce passe au mieux. J’avais une tâche à accomplir : laisser partir ce bébé. Je me sentais forte parce que beaucoup de monde pensait à moi et leur soutien m’a vraiment poussé.
J’avais déjà été déclenchée pour mon premier enfant, je savais donc en gros ce qui m’attendait. Sauf que là j’ai fait de la fièvre, plus le temps passait plus la fièvre augmentait. Et je voyais que cela ne plaisait pas à la sage femme. Se succèdent les prises de sang, paracetamol, antibio. Et là je commence à en vouloir à mon fils mais c’est la fievre qui me fait un peu délirer et la peur pour moi aussi. Je demande à la sage femme si j’aurai droit à la péridurale avec de la fièvre. L’anesthésiste a dit oui mais trop tard. Tout s’accélère au bout de 9heures. A peine le temps d’appeler le gyneco que je pousse 2 fois et mon fils est là. Pierre est né à 20mn près à la même heure que son frère ainé. Ils l’emmènent tout de suite, je déciderai ensuite de le voir ou non.
Je suis soulagée que cela soit fini. La sage femme me dit qu il est beau (j etais à 34SA), je veux le voir, mon mari lui n’ira pas pour se protéger. Et oui, il était beau comme chaque maman trouve son nouveau-né le plus beau du monde, habillé dans le pyjama que nous avons choisi la veille avec son papa et les chaussons que je lui avais tricotés. Les 3 jours qu’il a passés dans mon ventre et l’accouchement abîment un peu la peau, il faut le savoir, un peu comme des brulures. Je ne l’ai pas pris dans mes bras car pour moi mon fils etait dejà parti. il restait son enveloppe mais les câlins il ne pouvait plus les sentir. Je préférais lui parler avec mon coeur.
L’hôpital a fait 1 photo à la naissance et une sage femme « spécialisée » 2 le lendemain habillé, mais il avait déjà beaucoup changé. C’est finalement la première que je préfère. Je regrette qu’ils n’en aient pas fait d’avantage, ils n’ont pas pris les empreintes non plus et me l’ont pas proposé. J’ai du attendre l’autopsie pour connaitre sa taille et poids : 2.7KG 47cm un beau bébé!

Sandy : Durant l’accouchement nous avons été entourés de deux professionnelles qui ont été plus que bienveillantes, elles nous ont accompagné jusqu’au bout, sans aucun jugement de nos ressentis, juste de la bienveillance. La sage femme m’a donné un calmant pour m’aider à trouver ce courage d’accoucher, puis j’ai attendu que le déclenchement commence. Avec mon ami, nous étions là, il ne me lâchait pas, sans lui je n’aurais pas pu gérer ce moment comme nous l’avons fait. J’ai eu mal, j’ai pleuré tout le long, en arrivant je n’avais qu’une seule envie, qu’on me libère… Puis à ce moment où la sage femme et l’auxiliaire m’ont dit « madame votre bébé arrive », j’ai éclaté en sanglots, je ne voulais plus qu’il sorte, qu’allait-il se passer après, on allait me l’enlever, je ne voulais tellement pas qu’on me sépare de lui, ce cauchemar devenait réalité… Puis il est sorti, l’auxiliaire l’a prit dans ses bras, dans un petit drap blanc, et est sortit de la pièce… Nous on était là, vidés de toute vie… jusqu’au moment où la sage femme est revenu vers nous. Je n’oublierais jamais ses mots qui ont été si doux à ce moment  » votre bébé est très beau, si vous voulez le voir, vous le pouvez, l’auxiliaire est en train de l’habiller, il est parfait ». A ce moment j’ai su que je voulais le voir, que je voulais le porter dans mes bras, alors elle est revenue avec notre bébé. Je n’ai pu le prendre dans mes bras que quelques minutes, c’était tellement irréel, il était là, dans mes bras, mais je ne pouvais croiser son regard, je sentais la chaleur de son corps, je voulais tellement qu’il ouvre ses yeux, qu’on entende son premier cris, mais non, le silence, juste le silence, si lourd, si pesant, si douloureux… Mais il était tellement beau, son visage, même sans vie était si doux, je l’ai embrassé et serré très fort dans mes bras, nous l’avons contemplé plusieurs minutes, je l’aimais tellement, malgré ce moment si douloureux, il nous a rempli de tellement d’amour à ce moment là. Puis la sage femme est revenue le chercher, je suis montée dans une chambre, dans un autre service, j’ étais vide. Mais je n’oublierais jamais la venue de l’auxiliaire quelques heures après, pour nous apporter à mon ami et moi, chacun, les empreintes de notre bébé.

Piou : L’accouchement a été pour moi comme un déclic. Javais décidé que tout devait bien se passer car je voulais en garder un bon souvenir malgré les circonstances. On a pu rencontrer notre fille, lui dire au revoir comme on a voulu.

3PtiToursEtS’enVont : Ce n’est pas parce qu’on accouche en milieu de grossesse que l’accouchement est moins long ou moins douloureux mais j’ai eu la chance d’être toujours accompagné de personnel médical attentionné et bienveillant qui savait me parler.
Après chaque naissance nous avons vu nos fils, nous leur avons donnés les doudous achetés exprès pour eux, nous les avons pris dans nos bras et nous avons fait des photos.
Et même si j’ai fait des crises de panique après les naissances je garde de bons souvenirs de ces précieux moments avec mes p’tits fantômes. ce sont de doux souvenirs que j’ai gravé dans ma mémoire.
L’hospitalisation s’est toujours déroulée en maternité, il est arrivé d’entendre des femmes et leur bébé des autres salles. Je ne suis jamais restée hospitalisé très longtemps après les naissances (12h maximum) et la maternité m’a toujours réservé la chambre la plus isolée que je n’ai pas à entendre les pleurs des enfants bien vivants.

Eléonore : J’ai attendu que le tampon fasse effet. Terrorisée. J’avais très très peur de cet accouchement. J’aurais dû accoucher à domicile, et là je me retrouvais à l’hôpital à accoucher par déclenchement d’un bébé mort… J’avais peur de ce qui allait se passer, des gestes que j’allais subir. Pour moi, si le bébé ne participait pas à sa naissance, il faudrait les forceps, ou je ne sais quel autre geste traumatisant… J’avais peur de ce que j’allais ressentir, de ce que j’allais voir…
La journée s’est passée sans contractions, sans que rien ne se passe. Ma mère et ma tante sont arrivées vers 18h30, et à 19h les premières contractions se sont fait sentir. J’avais été claire : je ne voulais rien sentir. L’anesthésiste était prévenu depuis le matin. Lorsque le travail s’est lancé, ça a été très, très rapide. Les premières contractions se sont passées dans un climat de soulagement, et en même temps de nervosité extrême : je n’allais enfin plus être un cercueil humain ! Je me souviens avoir eu un fou rire nerveux… Le temps que l’anesthésiste arrive, m’engueule, me rate, m’engueule à nouveau, me pique correctement, et m’explique d’un air suffisant que « je lui avais donné chaud » (seul gros con qui ait croisé ma route ce jour là, mais mémorable), j’étais à 7cm. moins de 30mn plus tard, Amaël était né, en trois poussées, et j’ai senti chaque centimètre de son minuscule cadavre passer entre mes jambes. Lorsque ses pieds m’ont quitté, j’ai éclaté en sanglots. C’était fini. Mon bébé était sorti. La sage femme et la puéricultrice qui étaient là ont été merveilleuses de discrétion, de soutien, de respect. Elles ont emmené mon petit garçon car je ne savais pas encore si je souhaitais le voir, en fait j’avais vraiment peur de ce que je pourrai voir. Je me souviens du silence assourdissant autour de mes sanglots. Je me souviens avoir entendu « 2kg4 » et avoir trouvé ça minuscule après les 3kg600 et 4kg160 de mes aînés… Elles m’ont proposé de le voir, après avoir réglé l’hémorragie de la délivrance qui a suivi et avoir fait le nécessaire pour que ma santé physique ne soit pas mise en cause. Elles nous ont dit « il est très beau, vous pouvez le voir si vous le voulez, vraiment il est très beau ». Et oui, il était beau, si beau… Si petit et si beau… Mon tout petit garçon, qui ressemblait tant à ses frères… Je l’ai pris contre moi, j’ai beaucoup pleuré, je lui ai dit que je l’aimais.
Il a rencontré son papa, et ma mère et ma tante. Il avait l’air de dormir, j’attendais presque qu’il ouvre les yeux, mais ils sont restés fermés. Nous sommes restés quelques heures avec lui, nous lui avons dit bonjour et aussi adieu, et tout ce que nous avions à lui dire, son père et moi, et puis nous l’avons rendus au personnel médical. Et c’était fini. Et j’avais les bras vides, en retournant dans cette chambre… Nous avons eu ensuite une petite enveloppe contenant une empreinte de main, une empreinte de pied, et deux photos de lui. Je regrette de ne pas avoir pris de photo de lui dans mes bras…

Je suis ressortie le lendemain à 16h (pour un accouchement à 21h), pas avant à cause de mon hémorragie. Ils m’avaient mis la chambre la plus isolée, mais j’ai quand même entendu les autres bébés pleurer, et une femme accoucher au milieu de la nuit. J’avais tellement hâte de sortir de là… Je n’ai jamais aimé les séjours à la maternité. Mais celui là a été lourd à tous les points de vue.

Emi nanadou : L’accouchement a duré 7 heures. Les contractions ont été terribles. Souffrir pour un bébé en bonne santé, je pouvais le faire, mais là mon bébé était mort. Ces contractions avant la pose de la peridurale ont été terribles… Je me disais que je n’y arriverais pas. Je ne pouvais pas accoucher de mon bébé maintenant. Et puis durant ces 7 heures mon coeur s’ est résigné. Et ensuite l’arrivée de notre ange. La sage femme a été extraordinaire. Elle m’a demandé de pousser. Et elle prononce cette phrase qui sera d ‘une importance primordiale : « C est votre bébé qui arrive ». Je pleure sans pouvoir m’arrêter. Mon conjoint est resté durant les 7 heures. A mes côtés droit comme un I. Solide et tellement fragile a la fois.
Je n’ai pas pu le voir de suite. Je n’en avais pas la force. J’ai demandé a la sage femme de me le décrire. Nous le verrons le lendemain.
Pendant de nombreux mois j’ai eu des flashbacks de l’accouchement. Cette douleur physique mais surtout mon coeur qui explose de douleur. Ce vide. Ce ventre vide.

Aurélie : l’accouchement a été pour moi un mélange de plein d’émotions, une énorme douleur intérieure, le vide mais à la fois un soulagement quelque part, moi qui ne croyais pas vraiment à cette grossesse gémellaire monochoriale biamniotique et grossesse naturelle, j’avais le sentiment depuis ces 5 mois de grossesse que ça n’irait pas au bout, que c’était trop beau pour nous. Le grand vide, de devoir faire tout ce qu’il faut de bien pour qu’on réussisse cette grossesse mais malgré tout, les choses à un moment donné, vous échappe violemment, je pensais fort à mes petites chéries quand le moment est venu. Installée dans une chambre d’accouchement où on m’explique qu’on va procéder à la délivrance des filles, qu’elles risquent de ne plus respirer à la sortie. Et là, je me dis à coté de l’énorme souffrance physique, psychologique que cela engendre, ça y ait c’est fini, mes petites et moi on va être séparées pour toujours, en quelques heures qui m’ont apparues à la fois trop longues et si rapides, nos chemins s’arrêtent là. L’horreur de comprendre cela dans d’atroces souffrances avec mon mari auprès de moi impuissant comme jamais, les traits tirés par la douleur de perdre ses petites beautés alors que tout se passait bien depuis 5 mois et moi qu’il a vu failli perdre la vie en attendant que les secours arrivent. En voyant mon mari dans un état de sidération et d’émotions tellement fort, je me suis dit à moitié consciente et inconsciente par moment… que j’allais tout faire pour que mes petites naissent le mieux possible, je voulais participer à mon accouchement car j’étais consciente que si on en arrivait là, c’est que quelque chose de grave n’allait pas dans cette grossesse au point que les petites naissent si tôt, et là l’équipe médicale formidable qui nous entoure nous explique, qu’elles vont naitrent pour me permettre de vivre. Je me souviens avoir dit, si il faut faire un choix entre nous trois, je veux qu’on les sauve elles, nos beautés, l’équipe a acquiescé mais je voyais bien dans les yeux de mon mari que non, tout s’arrêtait là pour nos jolies petits anges et que nous on allait devoir vivre avec ça, une séparation brutale et à la fois remplie d’amour. Alors quand la péridurale fut posée, l’équipe qui pris grand soin de moi pour m’expliquer les choses et gérer ma douleur attendit que je sois prête et une fois après avoir repris quelques forces, je me mis à participer à mon accouchement, je me mis à pousser quand on me le demanda, ce fut le moment le plus dur de toute ma vie avec mon mari, se dire que je ne vais plus porter nos filles mais que je vais aussi les délivrer d’un environnement, mon corps, qui ne peut plus les accueillir… Le plus beau malgré le contexte, c’est de les avoir senti sortir malgré la péridurale, sans les voir, je me disais qu’elles devaient être quand même costaudes. On ne les a pas vu tout de suite, elles ne respiraient plus, l’équipe les a emmené pour prendre soin d’elles. Et là commence une immense attente, mon mari s’endort d’épuisement près de moi et moi sur mon lit, impossible de fermer l’œil, le vide total, plus rien, je me sentais être plus rien sans mes filles en moi, tout était fini et les larmes coulaient silencieusement. Je me demandais en regardant mon mari qu’est-ce qui allait se passer maintenant, comment allions nous dépasser le décès de nos petits anges et à la fois j’avais hâte de les voir pour la première fois. Quelques heures plus tard, la sage-femme revient vers nous les larmes aux yeux et nous dit que nos jumelles, qu’elles prend soin d’appeler par les prénoms qu’on avait choisi pour elles, Vicky et Nina, sont prêtes et qu’elles sont très jolies et là on s’est senti tellement bien soutenu par cette femme, qu’on attendait qu’une seule chose : prendre le temps de les observer. Je pense qu’on se souviendra à jamais de ce moment, de notre rencontre à 4, quand elles sont arrivées, on les a trouvé tellement jolies, qu’on avait l’impression qu’elles dormaient tout simplement. On s’est dit qu’on avait fait du beau travail, que pour elles il faudrait qu’on tienne le coup, que ça allait être dur, oui sûrement mais qu’elles allaient vivrent à travers nous désormais et mon mari m’a dit : « on va recommencer quand le moment sera venu ». Et là, je me suis dit que j’avais beaucoup de chance d’avoir mon mari auprès de moi pour traverser ça.

Jennifer B : Ensuite, est vite arrivé le moment de pousser. La sage-femme m’a expliqué qu’elle allait me guider et qu’ensuite elle me mettrait mon bébé sur moi si je le souhaite, on pourra aussi l’habiller si on le veut ( mon mari avait dit qu’il voudrait bien l’habiller)…et voilà le moment de pousser est arrivé. J’étais bien guidée et tout se passait très bien (contrairement à mes craintes…notamment lors des cours de préparations à l’accouchement). Je me souviens qu’Alice, la sage-femme, me disait « super, t’es une championne » …une championne tu parles oui! En 3 ou 4 poussées, notre princesse était là. Et quand Rory est née, elle ne me l’a pas posée sur moi, elle l’a comme cachée et nous a dit « je vais la préparer »…à ce moment là, on a dit oui, nous nous sommes laissés guider…Comme c’est dur de vivre une naissance silencieuse, sans aucun bruit, sans aucun cri, sans voir son bébé. C’est dur aussi de se rendre compte que notre corps lui – est bien programmé : le colostrum coule tout seul et de le voir, cela me rend si triste.
Cette tempête dans notre vie a tout chamboulé et rien ne le laissait présager. C’est juste impensable, injuste, inimaginable, inhumain, irréel…mais quand on nous ramène notre bébé, là on réalise la dure réalité. Notre petite chérie est morte née, ses yeux sont fermés et sa mort in utéro remonte à plusieurs jours. C’est dur de voir sa petite peau toute desquamée à certains endroits : cela me fait mal de voir son petit corps innocent abîmé (je ne la vois que recouverte d’un espèce de lange vert de l’hopital (cette couleur je la déteste, ça ne va tellement pas avec l’innocence d’un nouveau-né). Nous sommes tristes de la voir sans vie notre petite merveille car oui elle est belle, je trouve qu’elle a le nez de son papa et ma bouche, ma forme du bas du visage… Finalement, nous n’osons pas la prendre dans nos bras (avec le recul, je me dis que si le personnel l’avait bien emmaillotée, si elle avait été bien « contenue » et si on me l’avait présentée ainsi, alors là je l’aurais portée dans mes bras (c’est mon grand regret). Les conditions n’étaient pas optimales lors de mon accouchement (23 octobre 2015 à l’hôpital de Nouméa) : la climatisation était en panne dans la salle d’accouchement; il y faisait très chaud. Cette chaleur a eu aussi des conséquences sur la couleur de la peau de notre bébé (qui a très vite changé). Et aussi, à cette époque, il n’y avait pas de chambre froide…alors pendant l’heure de surveillance, juste après l’accouchement, juste après nous avoir ramené notre bébé, la sage-femme nous donne :
-les empreintes de notre bébé avec son prénom et son poids (mais pas sa taille…après plusieurs mois, j’aurais la confirmation qu’elle n’a pas été mesurée. Je trouve cela dommage, c’est un mystère de plus, il me manque une information supplémentaire concernant mon bébé…mais bon, il faut faire avec, apparemment, je suis tombée sur une sage-femme qui ne mesure pas les bébés nés sans vie)
– et une liste avec les coordonnées des pompes funèbres; et demande à mon mari de les appeler au plus vite pour qu’ils viennent récupérer le corps de notre bébé. Quelle horreur, c’est impensable qu’on nous demande une chose pareille. Finalement, étant vendredi soir à 18H, et comme tout est quasiment fermé, on nous propose de garder notre princesse dans une pièce, à la clim pour la nuit. Et le monsieur des pompes funèbres vient la chercher le lendemain matin à 9H (ce moment est très difficile à vivre…on nous emmène notre bébé comme un rêve qui s’envole…ça me déchire le coeur). Mais heureusement, cet homme nous paraît bienveillant et il ressemble à quelqu’un qu’on aime bien; alors ça nous console un peu. On aime à se dire qu’elle est entre de bonnes mains…

Sandrine : La péridurale n’a pas été douloureuse du tout. Je n’ai même pas senti l’aiguille.Ce que nous vivions était sans doute tellement douloureux que l’on aurait pu me marquer au fer rouge sans que je ne sente rien … ou peut-être n’était-ce tout simplement pas douloureux. Les douleurs des contractions se sont très vite aténuées.
Mon utérus n’était absolument pas prêt à laisser sortir notre bébé. La dilatation fut très longue, il a fallu me rendre 3 fois les médicaments sensés provoquer l’accouchement. J’ai également fait de la fièvre pendant tout la journée, j’ai donc été sous antibiotiques par intraveneuse durant l’acouchement et encore 7 jours après. Il a fallu renforcer la péridurale dont l’effet diminuait… D’un point de vue psychologique, tout d’abord, mon mari et moi n’étions pas certains de vouloir voir notre bébé. Mais après quelques heures, c’était certain, je voulais le voir. Je ne pouvais pas le laisser partir comme ça. Je voulais juste que la sage-femme me dise si il était « bien ». J’ai dit à mon mari qu’il faisait comme il voulait, pas de soucis, mais moi, je devais le voir. Il a finalement décidé de faire comme moi. Pendant l’accouchement, je crois que j’étais sur une autre planète, il me semble même avoir rigolé avec les sages-femmes, en alternance avec mes larmes … Il paraît que j’étais courageuse, mais je suis pas certaine que c’étais du courage, je ne sais pas ce que c’était.
Mon « courage » est certainement lié au fait que j’étais accompagnée de mon mari si précieux et de sages-femmes extraordinaires. A 18h45, Noah est enfin arrivé, dans le silence. Je me souviens que mon mari pleurait en cachant sa tête dans mon cou. Au fond de moi, j’avais espéré l’entendre pleurer, mais non, il était bien parti. La cause de son décès était maintenant évidente, il avait le cordon enroulé autour du cou et du bras, tellement serré que l’oxygène ne pouvait plus passer. La gynéco en était certaine, nous n’avons donc pas voulu réaliser d’autopsie.
Nous n’avons pas vu Noah tout de suite, une sage-femme est parti avec lui dans une autre pièce pendant qu’une autre et la gynéco s’occupaient de moi.
Notre bébé était très certainement décédé depuis plusieurs jours dans mon ventre, le liquide amniotique était rempli de méconium, c’est pourquoi la sage-femme est partie avec pour lui faire une petite toilette et le rendre plus présentable. Elle est ensuite arrivée avec Noah, emmaillotté dans un linge blanc, avec un petit bonnet bleu, reposant dans une petite « boîte », avec son doudou et une rose blanche. Il était bleu-rose, à cause de la privation d’oxygène qui avait provoqué sa mort. MAIS il était tellement beau, tellement mignon. Il avait l’air si fragile, que j’ai à peine osé le toucher. J’ai éffleuré une de ses mains et un de ses pieds. Sa peau était si douce. Je ne l’ai pas véritablement pris dans mes bras, seulement porté dans le petite bôite dans laquelle il reposait. Je ne me souviens pas combien de temps nous sommes restés comme ça tous les 3, mais c’était trop court de toute façon! Je n’avais ensuite qu’une envie, c’était que cela finisse et que je puisse rentrer chez moi. Au départ, nous pensions que Noah arriverait au petit matin, je pourrais donc sans doute rentrer chez moi dès le vendredi soir si je ne faisais pas d’hémoragie. Noah étant arrivé à 18h45, il était hors de question que je sorte. Comme j’étais sous antibiotiques, ils ne voulaient pas non plus me laisser partir le samedi matin. Mais je ne leur ai pas laissé le choix, je prendrais les antibiotiques oralement et reviendrait si ça n’allait pas.

Les ressentis

Delphine : Autant j’etais zen pour ma première grossesse, autant là j’étais stressée depuis le début. J’ai plusieurs fois rêvé d ’un problème à l’accouchement par exemple. Je comptais les semaines pour qu’il soit hors de danger s’il arrivait trop tôt… Les premières semaines après l’accouchement, j’étais incapable de faire plusieurs choses à la fois, mon cerveau était comme au ralenti. j’avais besoin de mon rythme quotidien (école, courses, air de jeux…) et de voir les même personnes. peut-être faire comme si rien n’avait changé? Passer en 1 seconde du statut de future maman épanouie à celui de mère en deuil… Enlever de sa valise de maternité le paquet de couches qu’on avait acheté et les 7 bodys, 7 pyjamas…N’ayant pas trouvé la cause à son décès, je pense que j’aurais toute ma vie ce sentiment de culpabilité même si je lutte contre cela. Et autant se le dire : on n’est plus jamais la même.Beaucoup de questions d’ordre métaphysique se posent : son propre rapport a la mort, celui des autres, de la société en général, son rapport a la vie, sa propre place dans le monde qui nous entoure… Se dire que le jour ou l’on mourra on laissera un enfant sur cette terre pour en retrouver un autre… Je me sens différente depuis, incomprise aussi car tout le monde oublie Pierre alors que je n’ai pas envie de l’oublier. Le problème est qu’il est mort avant d’avoir respiré et cela pose un problème aux gens. Pourtant il a une jolie histoire mon fils, avec de belles anecdotes, cette grossesse n’a pas été que du malheur, mais personne n’a envie d’entendre l’histoire d’un enfant né sans vie. Ma meilleurs amie m’a demandé de participer à l’envoi de fleurs pour le décès du père d’une copine commune. Et mon fils, pourquoi il n’a pas eu droit à des fleurs? Parce qu’elle ne l’avait jamais vu? Je ne le connaissais pas non plus cet homme…
Et à la question : Combien d enfant avez vous? Que répondre?
Les gens sont aussi mal à l’aise, ils ne savent pas quoi vous dire et pourquoi pas simplement qu’ils partagent votre peine et auraient eux aussi aimé connaitre ce petit garçon.Je donne beaucoup plus mon avis depuis que j’ai vécu la mort de mon fils. Je ne peux plus laisser certains dirent certaines choses.
Je suis pas allée voir la psychologue qui est pourtant passée 2 fois à la maternité. J’avais intégré la mort de mon fils et rien n’allait me le ramener. Mon fils ainé me donne assez de raison de vivre et d’espérer en l avenir.

Sandy : Les ressentis sont tellement nombreux, j’étais vide, complètement vide, physiquement et psychologiquement, me séparer de mon bébé a été une déchirure que l’on ressent au plus profond de soi, j’étais comme morte moi aussi, plus rien n’avait d’intérêt… Puis viens le moment de la culpabilité, comment je n’ai pas su le garder en vie, qu’est ce qui s’est passé, pourquoi lui, pourquoi moi, pourquoi nous? Pourquoi mon corps l’a fait mourir. Qu’est ce que j’ai pu faire pour que ça arrive? Est ce une punition ? Est ce que je ne l’ai pas assez aimé? On a beau nous répéter que ce n’est pas nous, nous ne pouvons pendant un temps penser autrement. Comment moi j’avais le droit de continuer à vivre alors que la vie ne lui avait même pas laisser le temps à lui, alors qu’il était mort en moi, que j’étais sa maman, que je devais prendre soin de lui…
Difficile de décrire tous les ressentis, nous sommes envahis, incapables de penser… tout notre être s’est envolé avec lui à ce moment là… et une partie le sera toujours ensuite.

3PtiToursEtS’enVont : Je suis bien incapable de dire ce qu’on ressent dans ses moments là. Je me suis toujours laissé guidé par le corps médical et mon mari.

Eléonore : Une tempête de sentiments contradictoires. La terreur, le soulagement que ce soit fini, l’injustice, la colère envers soi, envers l’univers, envers mon bébé qui m’avait abandonnée, l’amour que j’avais pour lui, pour ses frères et leur père, la douleur physique et morale, … Mais exception faite de l’anesthésiste et du gynécologue, le personnel a été fabuleux avec nous, extrêmement accompagnant et respectueux. Et le manque, ce manque infini… On m’a amputée. La vie m’a amputée de mon bébé-papillon… Et puis cette impression qu’on va se réveiller de ce cauchemar, alors qu’on sait bien que c’est la réalité… La vie continue autour de nous et nous, nous sommes brisés. Impossible de sortir de chez moi, impossible de croiser des gens. Nausées devant les femmes enceintes, devant les nouveaux-nés… Je suis devenue mère de trois enfants et pourtant je n’en ai que deux autour de moi… Quel horrible décalage ! D’ailleurs, je n’arrive pas à répondre aux gens que j’ai deux enfants quand on me pose la question. J’en ai trois, trois petits garçons, dont un qui ne grandira jamais. Ça les choque régulièrement, certains disent « ne pas avoir besoin de savoir ça », mais moi j’ai besoin de parler de lui, de l’ancrer dans la réalité de nos vies, de notre famille.

Piou : C’est a la fois ma plus grande force et ma plus grande faiblesse. Ca a changé ma vision de la vie. Jai dorénavant un rapport plus apaisé a la mort ( et à la vie aussi du coup ) . Et comme Eleonore j’ai cette sensation d’amputation, à vif…

Emi nanadou : Je me suis sentie amputée d’une partie de moi. Je me sentais deconnectée du monde. Chaque geste devient automatique. Je mettrai des mois à retrouver un début de plaisir à faire les choses. J’ai longtemps ressenti un énorme culpabilité. Un bébé ne peut pas mourir dans le ventreàd’une bonne maman. Voilà ce que je ressentais. J’ ai mis des mois à m’ apaiser . Aujourd’hui ce sentiment est moins fort grâce a l ‘aide de la psychologue de la maternité. Mais c’est un combat de tous les jours pour retrouver un sentiment d’apaisement.

Jennifer B : C’est assez difficile d’exprimer son ressenti : je dirais que j’ai ressenti tout plein de sentiments différents (le déni, l’injustice, la colère, la tristesse, la douleur, le manque, le vide, l’incompréhension). Je me suis aussi sentie coupable car elle était morte en moi et je me devais de la protéger (j’avais toujours fait en sorte que tout se passe bien durant la grossesse, je faisais attention à ce que je mangeais, je disais souvent par exemple, que je mangeais des épinards pour bébé…; j’étais très prudente).
Mon réveil à l’hôpital, de la nuit qui a suivi mon accouchement, a été extrêment douloureux. J’ai pris conscience que ce n’était pas qu’un mauvais rêve dont je me réveillais mais bel et bien la réalité, ma réalité, notre réalité. La souffrance et les pleurs, à ce moment ont été très intenses.
J’ai été amenée à ressentir des sentiments très différents, c’était ambivalent parfois…notre cerveau est affecté et ça se ressent.
J’avais l’impression de ne plus être la même; mais j’en reste profondément changée. Ce véritable tsunami fait mal, très mal et laisse des traces, des cicatrices qui sont dures à se refermer et qui peuvent, à tout moment, se réactiver. Je me suis sentie très triste, avec cette idée que je ne serai plus jamais heureuse, que je ne pourrai plus jamais sourire de nouveau, ni rire à nouveau… J’ai eu cette sensation d’être entre parenthèse pendant de nombreux mois…et on survit je pense. Depuis le début, je me demande ce que l’on a pu faire de mal pour mériter une telle punition. Et pourquoi nous? je me disais qu’on ne le méritait pas… Depuis le début, je veux trouver le sens de la disparition de mon enfant : j’étais persuadée qu’il y avait un message…comme pour une énigme à résoudre…
Bref, je suis allée voir un psychogénéalogiste, et sur le moment, j’ai appris, compris, découvert certaines choses.

Sandrine : Je qualifie un accouchement dans de telles circonstances de torture, sans doute plus morale et psychologique que physique, mais c’est un véritable traumatisme. Et il ne faut pas minimiser les choses, ni laisser les autres le faire.

Les raisons données par le corps médical?

Delphine : Les medecins nous ont indiqué que dans 30% des cas il s’agissait d’un problème de cordon, dans 30% de maladie diverse, et 30% sans cause connue. Malgré une batterie d examen (autopsie, caryotype…), ils n’ont pas trouvé la cause du décès.
J’avais passé la dernière echo une semaine plus tôt et la visite du 8ieme mois 3 jours avant. Ca m’aide beaucoup de me dire que si les professionnels n’ont rien detecté, comment pouvais je me douter que quelque chose n’allait pasN

Sandy : En ce qui nous concerne, aucune cause n’a été retrouvée, notre bébé allait bien, puis il s’est endormit pour toujours, comme une mort subite du nourrisson mais in utéro. Très difficile à entendre et à accepter… Quoi qu’il en soit, aucune raison n’aurait pu soulager notre douleur.

Piou : Nous avons souhaité l’autopsie. Surtout pour comprendre et pouvoir vivre une prochaine grossesse plus sereinement ( si tenté que ce soit possible). Les résultats sont longs à arriver.
Le soucis que j’ai rencontré est une thrombophilie (il y a certainement eu des soucis de vascularisation sur le placenta). La prochaine grossesse se fera sous anticoagulant.

3PtiToursEtS’enVont : Nous avons toujours autorisé les autopsies, les résultats mettent souvent plus de 3 mois à arriver, on m’a également prélevé des dizaines de tubes de sang pour faire toute sorte d’analyses (hormonale, génétique, infectieuse…..). Tous mes résultats sont toujours revenus normaux, nous n’aurons certainement jamais aucune explication. Après plusieurs grossesses arrêtées mon médecin m’a orienté vers quelqu’un d’autre pour vérifier qu’il n’était passé à coté de rien et pour que nous ne doutions pas de lui. Ça a été bénéfique pour tout le monde et nous avons toujours confiance en lui. Une prochaine grossesse s’effectuerai sous acide folique (ou vitamine B9 pour éviter les malformation du tube neurale) et certainement sous Aspegic nourrisson (pour favoriser les échanges sanguin mère/bébé) et Progesterone (pour aider l’embryon a s’accrocher à la paroi de l’utérus).

Eléonore : Nous avons souhaité l’autopsie. Au final, elle n’a rien révélé de probant. Ils ont suspecté une maladie auto-immune de mon côté, mais rien n’est avéré. Amaël était très petit, pourtant il était estimé comme ses frères à l’échographie des 32SA. Il y a donc eu un souci mais lequel ? Ils ont trouvé en vrac des traces d’infection du liquide amniotique, une hypoplasie du thymus chez mon tout petit, des auto-anticorps chez moi laissant penser à un lupus mais non confirmé depuis et un cordon très long. Mais rien de tout cela ne justifie une MFIU. Donc on ne sait pas. On ne saura jamais… On m’a juste dit que ce n’était pas de ma faute. Mais que c’est dur de ne pas s’en vouloir ! Grossesse suivante : surveillance écho accrue, possible déclenchement à partir de 37SA, et aspégic nourrisson pour pallier à d’éventuels échanges placentaires insuffisants…

Emi nanadou : Nous avons refusé l’autopsie. Dans mon esprit je voulais qu’on le laisse tranquille. Et puis à ce moment là ma culpabilité était tellement forte que je me sentais seule et unique responsable de sa mort. Son coeur s ‘est arrêté alors que le mien continuait a battre. Je n’ ai rien pu faire. Une maman doit protéger ses enfants. Et je n’ai rien pu faire. A ce moment la j’ai eu le sentiment que mon coeur s’était arrêté avec le sien. Et puis toutes ces questions auxquelles nous ne sommes pas prêts. On nous parle d’autopsie, d’obsèques…de mort. Nous qui étions dans la vie.

Jennifer B : Mais que s’est-il passé? Rory avait trois tours de son cordon autour de son petit cou (selon la sage-femme c’est très fréquent et c’est certainement la cause de la mort de notre bébé; la gynécologue ne pense pas que la mort soit dûe à cela). Finalement, l’analyse du placenta, nous en apprendra plus : présence d’Eschérichia Coli K1 : j’avais donc dû fissurer la poche des eaux s’en m’en rendre compte, et je me sens encore plus coupable de n’avoir pu la protéger. Comme nous a dit une gynécologue après pour nous expliquer les résultats des examens pratiqués : « c’est la faute à pas de chance », « cela arrive rarement »… On fait, tout un tas de tests…et au final, rien d’autre, c’est rassurant quand même, pour une future grossesse…à venir peut-être…

Sandrine : Dès l’arrivée de Noah, la cause de son décès a été évidente pour la gynécologue. Il avait le cordon ombilical enroulé autour du cou et du bras. Il avait tellement tiré que le cordon s’était collapsé, empêchant tout apport d’oxygène et de nourriture. Il s’est donc endormi.
Nous n’avons donc pas souhaité réaliser une autopsie.
Ca n’enlève rien à la douleur, mais dans notre cas, on nous a dit: « c’est la faute à pas de chance, c’est un accident ».

Et après ? Les obsèques, la déclaration à l’état civil et autres démarches, l’entourage.

Sandy : Après l’accouchement, tout notre être est vide, notre ventre, nos bras, notre esprit, notre corps tout entier. A peine rentrée à la maison, il fallait trouver le courage d’aller parler prix et modèle de cercueil, on voulait des fleurs ou pas, … comment pouvions nous choisir tout cela alors que nous aurions dû juste penser à accueillir notre bébé dans notre maison. Nous devions choisir comment lui dire au revoir. Mais nous étions ses parents et c’était important que nous fassions ces démarches pour lui. Nous avions la chance d’être bien entourés, nous savions que nous pouvions compter sur nos familles et nos amis proches si nous avions besoin.
Puis après toutes ces démarches, est venu le jour de la sépulture, ce jour irréel où des parents doivent enterrer leur bébé. Nous avions décidés que nous voulions une cérémonie simple, civile et entourés de nos proches seulement. Ce jour a été un mélange de puissante douleur, j’étais plongée dans un autre monde, et d’un amour immense, celui qui nous renvoyait notre bébé, notre aîné, et nos proches, et celui qu’ensemble nous avons envoyé à notre bébé, ce fut un au revoir des plus doux qu’il soit, entourés des personnes que l’on aime. En lisant ces mots s’ils le font, chacun d’entre eux se reconnaitra.
La déclaration à l’état civil a été faite à l’hôpital, et nommer notre bébé sur le livret de famille était plus qu’important pour nous. Il est notre deuxième enfant, et le sera pour toujours.
Après les obsèques, la vie doit reprendre son cours, et la nous sommes bien seuls, pendant un temps j’ai été incapable de m’occuper de mon petit garçon, heureusement son papa était là pour lui. Nous avons eu un entourage bienveillant, qui n’a jamais minimisé notre peine, et nous n’avons jamais été confrontés à des paroles remettant en cause le fait que nous ayons perdu notre bébé, et toutes les personnes présentent à la sépulture ou presque sont allées voir notre bébé pour le rencontrer, c’est une façon pour moi de le faire exister.
S’en est suivi une période très difficile, je faisais de mon mieux pour me relever, mais à beaucoup de moments je me sentais prisonnière de mon être, mon enfant en vie d’un côté, tellement bienveillant lui aussi envers nous, comme s’il prenait soin de nous, moi je faisais de mon mieux pour lui expliquer mon état, et tout ce qu’il s’était passé. Il était la vie, il était celui qui m’obligeait chaque matin à me lever, il était avec son papa la raison pour laquelle j’essayais de tenir bon. Puis d’un autre côté il y avait mon bébé mort, celui que je ne pouvais tenir dans mes bras, que je ne pouvais embrasser, celui dont je ne pouvais prendre soin, celui qui me manquait tant, comment avais je le droit de continuer à vivre… Je me sentait tellement mauvaise mère… J’étais dans une irréalité affective, suspendue là entre la vie, l’amour, et la mort, comment la vie ne m’avait-elle pas laissé ce choix que de devoir dire au revoir à mon bébé, de le laisser partir, d’accepter de ne pas le voir grandir, jouer avec son grand frère. Cette période est un mélange de culpabilité, de profonde tristesse, d’angoisse, de douleur, nous devons apprendre à accepter l’inacceptable… La vie continue autour de nous, la mienne s’est arrêtée un bon moment, mais j’ai toujours pu mettre des mots sur cette douleur et ils ont toujours été entendus, je savais sur qui je pouvais compter. Malgré toute cette douleur, il y avait de l’amour autour de moi, c’est cet amour qui m’a aidé à me relever.
Concernant le corps médical, après la sépulture nous sommes complètement seuls…
Pendant un long moment, je n’ai pu faire face au dehors, à tout ce qui était la « vie normale », j’avais besoin d’aller chaque jour sur la tombe de mon bébé, je ne pouvais plus aller partout où j’allais avant, je n’avais plus la force de croiser les personnes que je connaissais autour, tous les endroits où l’on m’avait connu enceinte. J’avais peur des questions que l’on pourrait me poser, de devoir dire tout simplement ce qu’il s’était passé… à plusieurs moments je me suis dit que je n’y arriverais plus jamais… je ne pouvais faire face aux femmes enceintes et aux nouveaux-nés qui me renvoyaient à ma propre douleur, à cet absence si douloureuse.
Petit à petit l’amour m’a porté, la vie aussi, et j’ai commencé à transformer cette douleur en amour si intense… Il fallait que je trouve du sens à ce qui nous était arrivé, notre bébé nous a envoyé comme ce message si important, que l’on oublie bien trop souvent dans le quotidien de nos vies  » la vie ne tient qu’à un fil » du jour au lendemain, tout peut s’arrêter, il faut profiter de chaque instant. Pour lui qui n’en a pas eu le temps, pour mon fils aîné, pour leur papa, toutes les personnes que j’aimais, et pour moi, je me devais de choisir la vie, et de la vivre vraiment. Il m’a envoyé ce message d’aimer tout simplement et de ne pas avoir peur de le dire, d’être moi même et de ne plus avoir peur d’être celle que je suis. Quand à moi, je me suis donné cette mission, la seule que je peux avoir pour lui, continuer à le faire exister dans nos coeurs, dans nos pensées et dans celles de tous ceux qu’ils l’auraient aimé. C’est pourquoi il m’est important de parler de lui, chaque fois que je le peux où que j’en ressens le besoin. Ce partage est pour moi une façon de dire à tous ceux à qui ça arrive, qu’ils ne sont pas seuls, que leurs sentiments sont bien normaux, que perdre son enfant, qu’il soit encore en nous où nouveau né, est un véritable deuil. Le deuil est une période sombre que nous devons apprivoiser, seul le temps et l’amour peuvent nous y aider. La douleur s’estompe mais sera toujours présente, l’absence d’un être cher, à jamais sera ressentie dans le coeur de ceux qui l’ont aimé.
A toi mon bébé, ta maman qui t’aimera toujours.

Delphine : Déjà je regrette qu’il n existe pas un fascicule pour indiquer les démarches à réaliser et ce à quoi on a droit ou pas. Sur internet on a parfois des infos contradictoires.

C’est difficile pour une maman de voir son fils enregistré dans le registre des décès directement et sans nom de famille. Je trouve cela très injuste. Et cela n’aide pas pour savoir quelle place lui trouver dans la famille. Tant que les obsèques n’étaient pas passées je me disais : on pense encore à lui mais après?

Nous avons choisi de l’enterrer auprès de son papy. Il a eu une belle cérémonie. Les pompes funèbres ont été très bien. ils ont gravé le doudou que Pierre emmenait avec lui sur la plaque du cercueil. J ai demandé à ma maman de se charger de tout cela. Comment pouvais je appeler les pompes funèbres, choisir la couleur du cercueil… Alors que je portais encore mon fils dans mon joli ventre de femme enceinte? C’était pour moi impossible.

Pensez à mettre des petits souvenirs avec lui.

Je vais au cimetière qui est loin de chez moi lui déposer de jolis fleurs dans de jolis vases faute de pouvoir lui acheter des jouets. Je serai toujours la maman d un bébé éternel, qui ne grandira jamais.

Après les obsèques, il faut prévenir la mutuelle, la sécu, la caf. Je n’ai eu que la prime de naissance, pas d’aide au paiement des obsèques sauf par la prévoyance de l’employeur de mon mari. 11mois après je reçois encore des feuilles de sécu sur des remboursements du jour de sa naissance. Car oui quoi qu’en dise la loi, mon fils est né et pas seulement décédé.

J’ai fait imprimé quelques cartons de remerciement/avis de naissance pour les personnes les plus proches. je voulais qu’il ait son faire part comme son frère. Et je les ai envoyé le jour de la DPA, comme cela aurait pu, du, se passer.

J ai acheté une jolie boite colorée ou j ai rangé les vêtements que j’avais acheté pour Pierre, doudou, echos… Je l’ouvre peut-être une fois par mois.

Eléonore : Notre fils a été déclaré comme enfant né sans vie à l’état civil le lendemain de sa « naissance » par mon mari. Il est sur le livret de famille. Il a fallu présenter un certificat d’accouchement, le certificat d’enfant né sans vie aussi. Il a été incinéré presque deux semaines après (durée liée à l’autopsie…). Je me suis arrêtée de vivre pendant ces presque deux semaines… Impossible de sortir de chez moi, tout était en stand-By… Nous l’avons donc fait incinérer, et ses cendres reposent au columbarium du cimetière de notre village. L’hôpital nous avait proposé de prendre en charge l’incinération, mais nous n’aurions alors pas pu récupérer les cendres…
La CAF nous a accordé une allocation pour financer les obsèques. Nous avons eu droit à la PAJE pendant 3 mois, ainsi qu’à la prime de naissance (qui ont permis de ne pas nous endetter pour payer une concession et les obsèques de notre fils).
L’assistante sociale de l’hôpital a pris en charge toutes les démarches administratives ayant trait à la CAF ou à la CPAM, ce qui a été un soulagement énorme pour nous. Les démarches pour l’incinération ont été très dures pour moi mais j’ai tenu à le faire quand même. Par contre, je me suis torturé l’esprit pendant deux semaines pour savoir si j’irai ou non. Je ne voulais plus le revoir, pour garder de lui l’image que j’avais. Le voir dans son cercueil m’était insupportable…
Finalement, je suis allée au dépositoire le jour J, j’ai réussi à le regarder dans son cercueil ouvert mais à refaire je ne le referai pas. Ensuite, je suis partie avant la fermeture du cercueil, et suis restée dehors lors de la « cérémonie » au crématorium, sachant que nous n’avons pas souhaité faire quelque chose de public, que seuls les membres proches de la famille (parents et grands parents) et une poignée d’amies très proches étaient présentes. Je ne pouvais pas rentrer, ce n’était pas possible. Et je ne regrette pas de m’être écoutée… Il était déjà « parti » de toutes façons, et je sais qu’il ne m’en veut pas.
Je crois qu’il est absolument indispensable de s’écouter et de se respecter au moment M, sans chercher à anticiper, à se dire « est ce que je vais regretter ? » Tous ces événements sont d’une violence absolue, et nous DEVONS nous écouter car chaque personne le vit différemment. Nous nous devons d’être indulgents envers nous même, car les autres peuvent être d’une maladresse ou d’une méchanceté très déconcertantes.
Je me suis sentie « libérée » quand ça a été fini, que la case du columbarium a été refermée. Je savais que maintenant il serait en paix, et que je pourrai entamer mon deuil pour de vrai.
Je suis toujours suivie par une psychothérapeute (Amaël est décédé en juillet 2016, le 2, et né le 3) et c’est pour moi indispensable. Nous avons besoin d’aide et nous nous devons de respecter notre besoin d’aide. Soyons bienveillant(e)s envers nous même car il n’y a que comme ça que nous pourrons trouver que la vie vaut la peine d’être vécue sans nos bébés. Il me manque, les étapes du deuil sont dures, chaque 2 et 3 du mois mon coeur se serre. Depuis récemment, mon bébé est mort depuis plus longtemps que ce qu’il a existé… Et c’est dur. Mais la vie continue, on recommence à sourire, à profiter de tout petits moments, puis de moments plus longs, plus fréquents, et puis les bulles de chagrin s’espacent. Je pense à lui chaque jour. Mais la vie est belle « malgré tout ».
Concernant nos deux aînés, nous leur avons parlé avec des mots simples, laissant venir les questions. Ils parlent souvent de leur petit frère. Ils ont demandé à voir les photos, et ils savent maintenant à quoi il ressemblait. Nous sommes allés une fois seulement au cimetière depuis l’incinération, nous n’éprouvons pas le besoin ou l’envie d’y aller plus souvent, et ça nous « va »… Nous n’avons anticipé aucune question… Mais avons répondu le plus simplement possible à toutes celles qu’ils nous ont posées, du haut de leurs 5 et 7 ans. L’annonce a été terrible. Mon grand avait deviné. Ma culpabilité a été renforcée par leur chagrin, ainsi que par celui de mon mari. Je n’ai pas su protéger leur petit frère, son fils. Je ne l’ai même pas senti mourir… Je me suis réveillée et lui, pendant mon sommeil, il était mort. Aujourd’hui, j’ai moins ce sentiment de culpabilité.
Restent la douleur de l’absence, les « est ce qu’il aurait aimé faire ça ? A quoi ressemblerait-il ? », parfois les « pourquoi nous ? » et parfois, simplement, son visage qui s’inscrit en filigrane derrière mes paupières. Les enfants parlent de lui naturellement, moi aussi d’ailleurs. Je suis infiniment reconnaissante aux gens qui osent me parler de lui, qui me parlent de lui en utilisant son prénom, qui me prouvent qu’il a vraiment existé et pas que pour moi même si nous sommes vraiment peu à l’avoir « vu ». Merci à ces gens, famille, amis, connaissances parfois, qui osent. Qui ont compris qu’il fait partie de nos vies et qui nous font sentir que quelque part, même à une toute petite échelle, il fait partie de la leur car ils ne l’oublient pas. Amaël fait partie de nos vies, il a existé, à sa façon éphémère de papillon, et il a laissé son message en même temps que son empreinte dans nos coeurs. On a eu besoin de trouver du sens à tout ça… Il avait quelque chose à nous apprendre, notre bébé-papillon, si léger et si éphémère. Il n’a été qu’une bulle d’amour.
Il sera toujours mon troisième enfant. Il me manque terriblement malgré tout, malgré le bonheur quotidien au sein de notre famille, malgré les amis si présents et aimants. Il me manquera toujours mon troisième enfant, comme un bras manquera toujours à un amputé.

Emi nanadou : Nous avons laissé l’hôpital s’ occuper du corps de notre tout petit. Nous n’avions pas la force de nous en occuper.
A mon retour de la maternité et avec mon conjoint, nous avons annoncé à nos 2 enfants que le bébé était mort. Un moment terrible pour nos coeur de parents. Mettre des mots sur l’indicible.
La déclaration à l ‘état civile a été chaotique. J ai fait ma démarche d’insription dans la mairie de mon domicile 2 mois après mon accouchement. La maternité m’avait délivré un cerificat d’accouchement d’enfant né sans vie. L ‘agent d état civil a refusé de le faire en me disant que pour une naissance j’avais 3 jours pour la déclaration et un jour pour un décès et que j’avais donc dépassé les délais. J étais estomaquée. Mon bébé est né sans vie. mort né. .. Elle a donc boté en touche en me disant que de toute facon je n’ ai pas accouché dans ma ville de résidence et que donc elle n’aurait de toute façon rien fait… ma chance… je vais à la mairie de mon lieu d’accouchement. Je fonds en larme quand la Dame inscrit le prénom Axel sur notre livret de famille.
Aujourd’hui nous avons avancé. Il a sa place dans notre famille. Il a sa place dans mon coeur. Nous sommes les parents de 3 enfants. Comme le dit mon conjoint nous avons 2 enfants dans nos bras et un sur notre coeur.
Mon fils est devenu grand frère. Ma fille grande soeur pour la seconde fois.
Mon coeur se serre quand j’entends son prénom. Mon coeur se serre de son absence. Mon coeur se serre quand je n’arrive pas à parler de toi. Alors aujourd ‘hui je suis heureuse de pouvoir le faire. A toi Mon troisieme bébé, mon tout petit.

Je t’aime <3 ❤

Aurélie : Nous, nous avons choisi de déclarer nos jumelles, de les faire exister dans notre histoire de couple. On leur a donné de jolis prénoms et souvent les gens ont beaucoup de questions, il faut leur expliquer qu’à 5 mois de grossesse, oui, elles peuvent être reconnues à l’état civil et ça, pour nous, ça été très important, ça veut dire qu’on leur donne une vraie place et ça permet d’avancer, de ne pas faire comme si il s’était rien passé car elles ne sont plus en vie. D’ailleurs, cela a permit que je puisse bénéficier d’un congé maternité malgré que les enfants ne soient plus là et ça a donné un sens à ma douleur, que je pouvais prendre le temps de me poser, de ne pas retourner au travail trop tôt, ma hantise était de retrouver mes collègues, comment faire face après qu’ils m’aient vu bien enceinte puis plus rien, ma hiérarchie a pris soin d’expliquer aux collègues que j’avais droit à un congé maternité et que je prendrais tout le temps qu’il faut pour revenir. Cette perte a bouleversé mes collègues profondément car tout allait bien puis du jour au lendemain plus rien. C’est indescriptible, mon mari et moi avons fait savoir qu’il n’y aurait pas d’obsèques, que les choses allaient se faire entre nous, nous ne nous voyions pas partager notre douleur… Alors, c’est vrai nous nous sommes mis dans notre bulle, assommés par cet évènement, notre porte était ouverte malgré tout chez nous et ce sont les amis qui nous ont déçu beaucoup et les collègues qui ont fait preuve de beaucoup de soutien et d’empathie, dans ces cas là, les choses se font naturellement, certains s’effacent et d’autres vous entourent d’un amour que vous n’auriez même pas soupçonné. Et là vous comprenez que souvent, les gens qui restent à vos coté sont des gens qui ont souvent connu la perte d’un enfant comme vous. Le deuil périnatal c’est tabou, les gens ne veulent pas en parler, ça fait trop mal. Nous, on a choisi d’en parler dès le début avec beaucoup de larmes certes mais c’était un réel besoin car ne pas en parler c’était faire comme si nos filles n’avaient pas existé. Du coup, peu de gens nous ont entouré mais les personnes présentes dès le début sont toujours à nos cotés aujourd’hui et ça ça fait chaud au cœur. Ca été dur de vivre ça un peu en solitaire mais aujourd’hui, c’est vrai on se sent plus forts car on a grandit à travers cette épreuve mon mari et moi, ça nous a changé un peu c’est normal, je pense que les épreuves font évoluer les gens qui décident de s’en sortir à un moment donné. Il faut prendre le temps d’être dans la douleur, le deuil, l’errance, puis à un moment donné, nous, il nous a fallut presque 1 an, il faut se dire qu’il est temps de se relever pour avancer moins entouré qu’avant surement, les épreuves font le tri par elles-même mais aux cotés des bonnes personnes et un jour quand une nouvelle grossesse redémarre c’est un immense bonheur à partager aux cotés des personnes qui sont toujours là, elles.

Jennifer B : Nous avons choisi de faire incinérer notre fille. Lors de notre visite aux pompes funèbres pour régler toutes les formalités, la personne qui s’est occupée de nous n’a pas pu nous montrer le cercueil : elle disait qu’ils étaient stockés dans sa réserve car elle n’avait pas le coeur à les exposer dans la boutique, mais que si l’on voulait absolument le voir, elle nous le montrait dans la réserve… Elle nous a dissuadé de le voir en nous assurant que c’était « tout mignon »…toujours est-il que le jour de la cérémonie, ça nous a encore fait un choc en plus (si nous l’avions vu avant, le choc aurait peut-être été moins fort?) toujours est-il que même les professionnels ont du mal à proposer, parler du décès de nos tous petits…le deuil périnatal est extrêment tabou.
Le jour des obsèques nous devions être tous les deux accompagnés de trois amies (nous vivons loin de notre famille) et, à notre grande surprise, cinq amis de plus étaient présents (sans que nous les ayons informés); c’est agréable de se sentir entourés; mais en même temps, la présence de ces personnes plus nombreuses multiplie l’émotion.
Nous avons déposé sur le cercueil nos deux lettres : nous avions décidé d’écrire chacun une lettre à notre bébé.
Notre bébé a été déclaré à l’état civil par la personne des pompes funèbres.

Sandrine : Nous avons décidé d’incinérer notre bébé. Il est arrivé le vendredi soir, et l’incinération a eu lieu le mardi.
A 27 semaines de grossesse, nous avons eu un acte d’enfant né sans vie, il a été déclaré à la commune et est inscrit sur notre carnet de mariage. Cela signifie beaucoup pour nous. Cela prouve officiellement qu’il a bien existé.
Nous avons fais de notre mieux pour lui organiser une belle cérémonie, mais tout ne s’est pas déroulé sans accrocs. Les pompes funèbres se sont trompées de cerceuil dans un premier temps. Ils ont donc du le changer lorsque nous nous en sommes rendus compte. Et j’allais oublier! La dame qui nous avait donné rendez-vous pour les formalités, le choix du cerceuil, … était enceinte …
Ensuite, entre notre ville et le crématorium, il y a plus ou moins 1h15 de route, et le corbillard est tombé en panne sur l’autoroute. La cérémonie était prévue à 15h et ils sont arrivés avec notre bébé à 17h30, sans prévenir. Je devenais folle …
A côté du crématorium, un parc du souvenir a été créé. Il y a moyen, comme dans un cimetière, d’acheter une concession. C’est ce que nous avons fait. L’urne avec les cendres de Noah repose maintenant là-bas aux pieds d’un rosier blanc.
La distance ne nous permet pas d’aller le voir aussi souvent que ce que je le voudrais, mais nous saisissont chaque occasion pour nous y rendre.
Le parc où ses cendres reposent est un endroit magnifique, paisible, on aurait presque envie de prendre son pique-nique et de s’asseoir pour le manger à côté de son rosier.
J’ai été très déçue par certaines personnes de mon entourage. Je n’arrive pas vraiment à pardonner, et encore moins à oublier, mais suite au travail que mon mari et moi avons fait avec la psychologue que nous consultons depuis, nous en avons conclus à de la maladresse … Je préfère ne pas tout détailler ici, cela me forcerait à tout faire remonter dans mon esprit.
Je suis actuellement enceinte de 21 semaines. Notre deuxième bébé est cette fois une fille. Nous sommes très heureux et elle ne saurait pas être plus désirée et attendue que ce qu’elle n’est. Mais c’est aussi très difficile.
Je suis fréquemment prise par de puissantes angoisses, des crises de larmes. Je ne survivrais pas à une deuxième fois.
Je pourrais être tentée d’attendre pour préparer l’arrivée de notre petite, mais j’ai décidé de ne pas attendre et de dépasser mes peurs. Il n’y a pas de raison qu’elle souffre de ce que nous avons vécu. Mais préparer son arrivée exacerbe encore plus le manque que j’ai de Noah. Je voudrais tant pouvoir faire des choses pour lui aussi.
Une chose est certaine, nous lui parlerons bien vite de son grand-frère …

Des regrets ou des conseils à donner pour des parents qui traversent cette épreuve?

Sandy : Mon seul regret, c’est de ne pas l’avoir gardé plus longtemps dans mes bras, mais je crois qu’au fond il ne faut rien regretter, car à ce moment, on fait ce que l’on peut, ce dont on est capable, on a tellement mal. Mais l’avoir eu dans mes bras, être retournée le voir, avoir pris une photo de lui que j’ai toujours sur mon téléphone, je ne le regrette pour rien au monde, j’ai pu admirer son visage, sentir son corps hors de mon ventre, le serrer contre moi. J’ai aussi ses empreintes et deux photos de la maternité. Tout cela construit nos souvenirs en plus de la grossesse, et nous aide à vivre son absence. C’est comme s’il restait un peu avec nous. Nous avons fabriqué une boîte où nous avons mis bien au chaud ce que nous avions acheté pour lui, nous pouvons l’ouvrir quand nous en ressentons le besoin, et son grand frère aussi.
Puis, j’ai beaucoup pleuré, beaucoup parlé, j’ai pu mettre des mots sur ma souffrance, et ça il ne faut pas le bloquer, c’est tellement important de sortir toutes ces émotions que l’on ressent, en parlant, en écrivant. Je crois qu’il faut parfois dire sa douleur, pour qu’elle se fasse de plus en plus douce, avec le temps, mais qu’il faut aussi respecter ce que l’on ressent l’un et l’autre dans notre couple, être là l’un pour l’autre, sans demander à l’un ou l’autre de vivre les choses différemment. Je crois aussi qu’il faut aller à son rythme, ne pas se forcer à faire ce que nous ne sommes pas encore prêt à faire, et s’entourer des personnes bienveillantes, qui savent entendre notre souffrance sans la juger. Là, nous savons sur qui nous pouvons compter, pas forcément besoin de mots, juste la présence, l’écoute, l’amitié, l’amour, nous maintiennent dans cette vie, et nous y ramènent petit à petit, pour l’apprécier bien plus qu’avant, et la vivre vraiment, sans oublier que cette petite vie fait partie de nous, et que ce sera toujours le cas, nous n’oublierons jamais notre deuxième enfant. Son absence sera toujours douloureuse à certains moments de nos vies, et nous l’acceptons, mais la douleur se transforme peu à peu en un amour indescriptible, celui que seul un parent peu ressentir et comprendre.

Emi nanadou : Des regrets non. avec le temps je me dit que nous avons geré du mieux possible. Tout se passe très vite, trop vite. Avec un peu plus de recul j’aurais peut être pris une photo de mon tout petit. Sur l’instant je n’y ai absolument pas pensé. La maternité non plus. Ma fille m’a souvent demandé à quoi il ressemblait. Avec le temps j’ai peur de l’oublier… des conseils? Ecoutez vous et surtout soyez doux avec vous même. Vous vous demanderez certainement ce que vous avez fait, ce que vous n’avez pas fait. Mais n’oubliez jamais que votre bébé est né sans vie mais pas sans amour. Et j aime à penser que tout cet amour là ils l’ont sentit. Et vous qui lisez ces lignes et qui souffrez n’oubliez pas : »Le bonheur en partant a dit qu il reviendrait « . Vous allez traverser des tempêtes, vous allez certainement résister. Plus vous résisterez plus vous aurez le sentiment de sombrer. Je ne sais pas si on accepte vraiment un jour la perte de nos bébé mais 19 mois après je peux juste dire que la vague de douleur qui me balayait chaque instant est aujourd hui moins violente, moins envahissante, elle me laisse du répit.,de plus en plus. Paradoxalement je suis plus sûer de moi aujourd hui. Accoucher d un bébé mort m a obligée à plonger au coeur de moi même. Souvent quand quelque chose me fait peur je me dit qu apres ce que nous avons affronté, plus rien ne peut me faire plus mal que le fait que mon bébé soit mort dans mon ventre. Alors je fonce. Je suis plus volontaire plus déterminée plus directe. Je suis vivante, et son coeur bat au travers du mien : 💙

Eléonore : Gardez a l’esprit que vous faites de votre mieux pour gérer cela avec vos capacités du moment. Ne regrettez rien… Vous avez aimé votre bébé et vous traversez, comme nous, une des pires épreuves qu’il soit possible de vivre. La souffrance s’estompe, promis. N’hésitez pas à demander de l’aide, à parler de votre petit si vous en éprouvez le besoin. Accordez vous le temps du deuil. Aimez vous. Moi, j’aime à voir des signes de lui partout… Et à penser qu’il est comme le vent : invisible mais tellement présent !
Soyez indulgents envers vous. Prenez soin de vous. Ils ne nous en veulent pas, nous n’y sommes pour rien, leur chemin a juste pris une autre direction. La tristesse sera là comme un compagnon de vie à apprivoiser… Mais petit a petit la vie se rappelera à vous, vous sourirez à nouveau, vous vous sentirez heureux par moments de plus en plus fréquents… Entourez vous de ce/ceux qui vous font du bien. Et sachez que vous n’êtes pas seuls. Vous ne l’oublierez pas, vous serez toujours ses parents. Vous le garderez toujours au fond de vous.

Piou : J’aurai aimé la connaitre un peu plus longtemps. Mais on ne choisit pas les épreuves que l’on a à traverser. J’aime à croire que l’amour que j’ai pour elle est bien plus important que la tristesse que sa perte a engendré. Aujourd’hui je fais en sorte d’être heureuse. Jai envie de donner du sens à ce qui s’est passé. Jaime à croire que Léonie avait un message a me faire passer, quelle n’aurai pas pu le faire autrement. Elle est mon mieux . Je suis heureuse davoir croisé sa route. :emoji_2764:

Aurélie : Des regrets, oui de ne pas avoir pu les prendre dans mes bras mais elles étaient si petites (442 g et 480g), j’avais peur de les casser… Puis on m’a expliqué qu’il valait mieux pas comme elles ne respiraient déjà plus une fois l’accouchement fait, simplement prendre tout le temps qu’on souhaitait pour les regarder. Nous n’avons pas eu de regrets, on leur a donné les prénoms qu’on avait choisi, avons préféré que ce soit l’hôpital qui prenne soin d’elles et cela a été très bien fait avec beaucoup d’humanité dans les paroles et les gestes. L’équipe médicale les a habillé joliment avec des petits vêtements en laine et chacune un petit bonnet assortie et a fait une jolie carte avec leurs empreintes de mains et de pieds associé à leur prénom, nous avons trouvé cela très touchant. Puis sur leur conseil, on les a déclaré en mairie, pour nous elles seront toujours nos premiers enfants, nous avons réalisé une jolie boite pour elles avec tout nos souvenirs de grossesse et planté un Magnolia Stellata afin qu’elles aient leur place parmi les fleurs de notre jardin. Il y a eu sinon beaucoup de soucis administratifs, des papiers manquants ou qui se perdent…Et c’est délicat car il faut toujours rappeler pourquoi nous avons besoin de tel ou tel papier…mais on n’a jamais baissé les bras devant l’administration, cela nous a valu de nous faire couler quelques larmes devant eux mais sans honte du tout, c’était à la hauteur de notre douleur tout simplement. Nos jumelles seront pour toujours dans nos cœurs, 14 mois plus tard, il n’y a pas un seul jour où nous ne pensons pas à elles, aujourd’hui, chaque chose que nous faisons est quelque part guidé par ce que nous avons vécu à travers elles, une jolie aventure de 5 mois qui nous a fait devenir un papa et une maman. Je souhaite simplement ajouter que lorsque c’est arrivé, nous avons choisi de nous faire aider psychologiquement et ça nous a fait beaucoup de bien, 1 an de suivi le temps de deuil…

Jennifer B : Mon grand regret est de ne pas l’avoir prise dans mes bras, de ne pas avoir pris de photos. Heureusement, à l’hôpital, l’équipe a pris une très jolie photo de ses petites mains et cette photo, est plus facilement « montrable ».
Et les photos sont très importantes pour les souvenirs; le problème du deuil périnatal, c’est que, aux yeux des autres personnes, ce bébé n’a pas existé alors qu’une maman qui sent son bébé bouger, elle ne peut imaginer que l’on puisse penser une chose pareille. Il est donc important de créer des souvenirs, pour aussi matérialiser ce petit être aux autres : faire de belles photos, humaines est donc très important (photos que l’on peut utiliser par la suite pour faire un faire-part si on le souhaite). Mon regret est de ne pas avoir fait de faire-part papier et cela plus de 17 mois après….mais je décide de le faire pour les 18 mois de ma petite chouquette (j’aime lui donner les petits surnoms que je lui avais imaginés).
Je conseille aux parents vivant un deuil périnatal, de ne pas s’isoler; c’est dur car on est souvent mis à l’écart (souvent je disais à mon mari « mais on n’est pas contagieux »), se rapprocher d’associations, aller à des groupes de paroles (car là on échange avec des personnes qui vivent ou on vécu la même chose, on se sent enfin normaux à leur contact). L’écoute, le soutien et le partage d’expériences sont primordiaux. On se sent rassurés à l’idée de ne pas être seuls à vivre un tel drame.
Depuis presque 18 mois, j’ai beaucoup souffert, je suis passée par différentes étapes du deuil (dont certaines beaucoup plus dures), mon bébé me manque mais le temps arrive à faire son travail…c’est à dire qu’il apaise et la douleur se modifie peu à peu. Depuis environ un mois, j’ai repris une activité professionnelle, je reprends confiance en moi, je reprends « goût à la vie » et j’ai envie de vivre pour ma fille absente à mes côtés mais, je reste très sensibilisée de sa perte; c’est le drame de ma Vie tout entière. Mais j’ai décidé de tout faire pour aider les parents qui vivent la même épreuve. Je m’investis au sein de l’association « Petites Etoiles du Lagon » qui m’est venue en aide.
Merci pour cet atelier car l’écrit aide aussi dans ce long chemin du deuil (que je crois impossible à faire) si complexe que celui du deuil périnatal.
Belle continuation et encore merci Laetitia pour vos merveilleuses actions et idées.
A bientôt. Jennifer la maman de Rory partie trop tôt.

Sandrine : Selon mon mari, mon entourage, la psychologue chez laquelle nous allons depuis, je n’aurais pas pu faire plus que ce que je n’ai fait pour Noah.
Pourtant, moi j’ai des regrets. Je vis maintenant avec, mais au début, je m’en voulais beaucoup.
Nous ne sommes pas restés suffisament auprès de lui lorsque les sages-femmes nous l’on présenté.
Nous avons désiré le revoir le jour même au soir, et lorsque nous l’avons revu, je ne sais pas pourquoi, on lui avait enlevé son bonnet et il n’était plus aussi beau que la première fois. J’ai éclaté en sanglot et me suis retournée pour ne plus le voir. Je m’en voudrai toute ma vie de l’avoir repoussé ainsi.
Il est parti nu. Je ne sais pas si c’était possible, mais par la suite, j’aurais aimé lui avoir mis un pyjama.
Nous avons quitté l’hôpital en le laissant là, seul. Nous nous sommes occupés des formalités administratives, nous avons pris contact avec une société de pompe funèbre, avons choisi son cerceuil, …. Il a été transféré de l’hôpital au funérarium, et puis nous sommes rentrés chez nous. Il est resté sans nous du samedi après-midi au lundi matin seul. Sur le moment, j’étais tellement épuisée, je voulais préparer une belle cérémonie pour lui, … mais j’aurais dû rester avec lui. Je m’en veux de l’avoir laissé seul.
Jusqu’à ce que la crémation et la cérémonie soient terminés, je crois que j’ai été en pilote automatique, comme un robot. Je devais tout bien faire, tenir le coup. J’ai voulu préparer au mieux la cérémonie au cours de laquelle toute notre famille et amis proches étaient présents. Sur le moment, j’ai pensé qu’après sa crémation, je ne pourrais jamais plus rien faire pour lui. Je devais donc tout bien faire, je me reposerais après. Je ne regrette en rien ce que je fais, mais je regrette ce que je n’ai pas fait, comme expliqué ci-dessus.
Depuis, j’ai tout fait pour obtenir toute trace existante de mon bébé. Il y a avait des photos à l’hopital, prise par les sages-femmes. Ces photos ne sont pas belles, seul mon mari et moi les avons vues, mais nous les avons, c’est ce qui compte pour moi.
Une chose est certaine, on pourrait être tenté de dire: « et si on pouvait retourner en arrière … ».
Mais non, c’est hors de question. Retourner en arrière impliquerait que Noah n’aurait jamais existé. Que nous ne serions pas parents, d’un petit ange, certes, mais parents quand même. En aucun cas je ne voudrais annuler cette souffrance car cela impliquerait que nous ne serions pas parents.
J’ai été détruite, mais je suis toujours là, donc je me reconstruis, et peut-être en mieux.
Ce qui est aussi très perturbant car cela remet plein de choses en question.

 


Crédits 

La présente oeuvre est une publication commune de [Delphine, Sandy, Piou, 3PtisToursEtS’enVont, Eléonore, Emi nanadou, Sandrine, JenniferB, Aurélie], publiée selon les termes de la licence libre Creative Commons BY-SA . Cette licence enrichit juridiquement nos droits d’auteurs et autorise d’autres entités (associations, collectivités, coopératives) à potentiellement réutiliser le document et à l’adapter, tout en citant de manière précise la provenance du document et ses auteurs. La publication devient ainsi un bien commun qui peut diffuser et s’enrichir.

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