Organiser des marches blanches et bien plus…

By 12 janvier 2018Se reconstruire

Je veux me souvenir qu’une main tendue est parfois vitale, que parfois, on n’a pas besoin des mots, mais simplement d’une oreille, d’un regard, de compassion. Je veux apprendre, encore et encore, à savoir écouter et rencontrer l’autre où il est.

Présente toi et ta maternité

Je m’appelle Claire, je suis la maman de 5 enfants, 4 filles et 1 garçon. Ma 4ème fille, Céleste, est morte à la naissance des suites d’un hématome rétro placentaire massif, en 2011. Mon petit garçon est né 15 mois plus tard.

Présente ton projet

J’ai une tendance à l’hyperactivité, donc je me suis lancée dans plusieurs projets !
J’ai lancé un site permettant de commander des faire-part de naissance de bébés décédés, ou des cartes de remerciements. J’y réfléchis aussi souvent à la manière d’annoncer la naissance des bébés espoirs : trouver les symboles, dire l’espoir autant que la mémoire et, toujours, la tendresse et l’amour. C’est un travail tout en douceur, avec les parents, qui me touche toujours beaucoup.
En 2012, des amies m’ont également demandé de les rejoindre pour organiser une Marche Blanche en l’honneur de la journée de sensibilisation au deuil périnatal. L’association Pieds par Terre, Cœur en l’Air est née en 2013 et des villes ont peu à peu rejoint Paris. Cette année, ce sont Paris, Lyon, Bruxelles, Toulouse et Martigues qui ont marché ensemble le 15 octobre. Depuis 2016, je suis la présidente de l’association, soutenue par une belle équipe.
Enfin, je suis bénévole écoutante pour une association locale de soutien aux parents endeuillés.

Comment as-tu fait pour passer de l’idée à l’action ?

J’ai en premier lieu cherché les associations existantes. J’avais trouvé, au début de mon deuil, qu’il y en avait beaucoup et qu’il était difficile de se repérer et de savoir sur qui s’appuyer et où s’adresser (quelles étaient les actions de chaque association, où oeuvraient-elles, étaient-elles encore en activité… ?)
Je ne souhaitais donc pas rajouter une couche au mille-feuille mais venir enrichir, autant que faire se peut, le réseau existant.
Pour Pieds par Terre, Cœur en l’Air, nous avons décidé de créer l’association car personne n’avait se rôle spécifiquement dédié de mise en avant de la journée du 15 octobre. En revanche, pour l’écoute bénévole, j’ai pu me rapprocher d’une association existante.
J’ai ainsi bénéficié du savoir-faire de l’équipe en place. J’ai suivi des formations pour mieux connaître les spécificités du deuil ainsi que les techniques d’écoute bénévole, auprès de la Fédération Vivre son deuil

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la création de ces projets?

Je suis confrontée à deux difficultés.
Dans ma mission de bénévole écoutante, garder la bonne distance, préserver un certain équilibre nécessite de l’attention, ainsi qu’un regard extérieur et le soutien d’autres personnes. Les situations rencontrées sont forcément impliquantes, et je ne suis pas psychologue, donc je n’hésite pas à demander de l’aide si besoin.
Nous rencontrons également des difficultés à mobiliser les pouvoirs publics et les médias autour de la sensibilisation au deuil périnatal. Les professionnels sont de mieux en mieux formés, et les parents de mieux en mieux pris en charge, même si des progrès restent encore parfois à faire. Malgré tout, le deuil périnatal reste un tabou auquel sont confrontés les parents de manière très violente. Avec un couple sur 50 concerné et des conséquences importantes lorsque le deuil ne peut pas se faire (dépression, séparation, idées suicidaires, difficultés d’attachement avec l’enfant suivant…) c’est pourtant un problème de santé publique. Il faudra sans doute encore beaucoup de temps et d’énergie pour que le grand public sache les gestes et les attitudes susceptibles d’aider les parents.

Qu’est ce qui a été le plus dur pour toi après le décès de Céleste?

De ce deuil, je garde le souvenir d’avoir été plusieurs mois au bord d’un gouffre immense, qui m’attirait vers le fond de manière hypnotique. J’avais peur, en m’en approchant, de ne jamais en ressortir, d’y être engloutie, de disparaître corps et âme dans ma douleur.
Ce qui était difficile, c’était d’affronter ces abysses. D’oser m’en approcher, pleurer, les contempler en face. Je ne pense pas que j’aurais osé le faire sans être accompagnée par une psychologue, qui m’avait prescrit 2h00 de larmes par jour. Je suis scolaire, alors j’ai suivi la prescription ;). Et j’ai pu vivre, dans ma chair, que les crises de larmes finissaient au bout d’une heure ou deux, me laissant apaisée, lavée de ma peine, pour quelques heures, disponible pour vivre quelque chose.
Malgré tout, oser pleurer et me confronter à ce que je ressentais, à ces émotions si violentes, est toujours resté difficile/
Ce qui était difficile, aussi, c’était l’attitude de certain. Les silences, les changements de trottoirs, les conseils de « passer à autre chose », les conversations futiles, … Toutes ces choses qui m’empêchaient d’être en phase avec ce que je vivais, qui rajoutaient la solitude à la douleur, qui me demandaient un effort d’adaptation de plus, alors que j’étais si fatiguée par ailleurs…
J’en garde un souvenir douloureux, et parfois encore de la colère.

Qu’est ce qui t’a aidé à vivre après cette épreuve ?

Mon mari, qui est resté à l’écoute, respectueux de ce que je vivais, et qui m’a fait partager son deuil. Nous avons avancé ensemble, et c’était très précieux.
La sollicitude de certains, leur écoute bienveillante, leurs mots aux anniversaires, aux dates importantes.
La psychologue, qui était là pour valider nos émotions, et nous dire que nous ne devenions pas fous, que nous vivions quelque chose de traumatisant, et que nos émotions étaient « normales ».
Les livres, engloutis par dizaines, qui m’ont permis de pleurer, de me reconnaître, de savoir qu’un après était possible, et qu’il pouvait même être beau.
L’EMDR, qui a envoyé aux oubliettes les images violentes qui m’empêchaient de dormir la nuit, pour ne garder que le souvenir de la tendresse de ma fille.
La sophrologie, qui m’a permis de vivre dans mon corps les émotions, avec douceur et bienveillance.

Qu’as-tu en plus aujourd’hui ?

Le souvenir de ma fille, et la volonté, chevillée au corps, de porter en ma vie la trace et le fruit de la sienne.
Nous avions fait, après sa naissance et sa mort, une liste de ses « cadeaux », avec mon mari : du temps passé avec untel, une conversation plus profonde, des amitiés naissantes, un regard nouveau sur la vie, davantage émerveillé par les menus instants du quotidien, par la grâce de nos autres enfants vivants…
Plus tard, lorsque je suis allée mieux, je n’ai pas eu envie que tout reprenne « comme avant ». Je veux me souvenir qu’une main tendue est parfois vitale, que parfois, on n’a pas besoin des mots, mais simplement d’une oreille, d’un regard, de compassion. Je veux apprendre, encore et encore, à savoir écouter et rencontrer l’autre où il est. Ce n’est pas facile, mais c’est un beau chemin, que je fais en mémoire de Céleste, parce qu’il me semble que les deuils que nous vivons tous un jour ou l’autre devraient nous mener vers plus d’humanité…

Site web de Claire (Faire-parts)

Leave a Reply

%d blogueurs aiment cette page :