Retraite R.E.N.A.I.T.R.E.

By 5 décembre 2017Trouver du soutien
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Le fait d’organiser ça, c’est aussi du temps pour ma réparation, pour ma fille.

Blandine a déjà organisé et mené 11 retraites depuis 2014, elle est psychologue et a elle-même connu le deuil périnatal.

Comment t’es venue l’idée de créer ces retraites?

Je suis allée faire une retraite aux USA, près de Los Angeles et je suis revenue enchantée. J’ai eu un très bon contact avec la responsable de cette retraite, Kiley, qui est aussi l’épouse du réalisateur du film « return to zero ». A cette retraite il y a avait des mamans qui venaient de perdre leur enfant 1 mois avant ou 13 ans avant, des gens du Canada et de tout les USA. J’ai beaucoup aimé la simplicité et le coté authentique de ces échanges lors de la retraite, le fait qu’il n’y avait pas à maintenir de convenances, à tel point que j’ai souhaité importer le concept en France, ce que Kelly a accepté.

Qu’est ce qui a été le plus difficile dans la création de ce projet?

J’avais déjà un fils (Calixte) avant Sixtine (qui est née à terme mais dont le coeur s’est arrêté quelques jours avant l’accouchement, sans raison connue), puis j’ai eu Corentine. J’ai commencé les retraites quand Corentine avait un an. Après j’ai eu Clovis et Joséphine.
J’ai voulu continuer les retraites et je dois avouer m’être épuisée à vouloir continuer mes retraites tout en allaitant, en ayant des enfants en bas âge.
La difficulté réside aussi à trouver le bon équilibre : disponibilité, budget. Je ne fais pas de bénéfices avec ce projet, mais je souhaite ne pas perdre d’argent tout de même.
Et le plus dur est de se faire connaître! Comment donner l’information aux parents qui en ont besoin?

Comment as tu fait pour surmonter ces difficultés?

J’ai su m’écouter. Je reconnais qu’au début j’en ai fait trop pour moi, une par trimestre jusqu’aux 3 mois de Clovis!
J’apprend aussi à être plus rigoureuse et ferme au niveau du budget. Si les retraites me coutent de l’argent, cela n’aurait pas de sens de continuer.
Puis l’expérience m’a permis d’apprendre de mes erreurs.

Quelles sont les satisfactions que tu tires de ce projet?

Moi même j’ai peu de temps pour mon deuil, car j’ai 4 enfants. Le fait d’organiser ça, c’est aussi du temps pour ma réparation, pour ma fille. J’ai la légitimité car je suis maman endeuillée et je suis aussi empreint de ma formation, l’avoir vécu moi-même me permet de me reconnaitre. C’était il y a 5 ans et on se souvient à chaque parent ce que l’on a traversé mais aussi le chemin parcouru, c’est ce qui apporte aux autres de l’espoir.

Ton actualité par rapport à ton projet?

La prochaine retraite aura lieu du 11 au 12 janvier 2018 à Ris Orangis, toutes les informations sont sur le site web.
Vous pouvez trouver aussi des informations sur la page Facebook.

Un conseil que tu aurais aimé avoir?

Je dirais un livre que j’aurai aimé avoir : Amye Lands « guide pratique sur les questions que l’on doit se poser quand on vient de perdre un bébé », que je suis en train de traduire en français.

Site web de la retraite R.E.N.A.I.T.R.E.

Pour la première fois depuis la mort d'Amaël, je me suis sentie intégralement comprise, admise.

Eléonore vous livre le témoignage de son expérience de sa retraite en Mai 2017

Le 2 juillet 2016, j’apprenais que mon troisième fils, Amaël, était décédé dans mon ventre, à 9 jours de son terme. Le 3 juillet 2016, il « naissait sans vie ». Amaël, mon bébé-papillon, nous avait abandonnés, m’avait anéantie, avait fait de moi une maman pas comme les autres, une maman endeuillée, une maman brisée, amputée. Amaël, du haut de ses minuscules 2kg400, avait chargé mon cœur d’un poids insoutenable, et avait changé ma vision du monde.
Depuis, c’est un long chemin de reconstruction qui se met en route. Il faut, comme pour un handicapé, réapprendre à vivre, à faire face aux autres et à leurs indélicatesse, à accepter les mains tendues, se protéger des maladresses ou de la méchanceté ou de l’indifférence.

Retraite Renaître association lignes de vies
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Il faut réapprendre à rire, à aimer la vie, à être heureux comme on peut. Il faut réapprendre à voir le beau, le joyeux, à avoir envie. Il faut retrouver l’équilibre qui a volé en éclats.
C’est un travail de tous les jours. Et pour s’en sortir, il faut s’appuyer sur ceux qui nous aident. J’ai découvert d’abord « L’Instinct de vivre », et le fabuleux travail de Laetitia, j’ai découvert la force de la solidarité de tous ces parents qui, comme nous, ont été amputés de la chair de leur chair via des forums, des associations.

Et puis, récemment, j’ai découvert Renaître.

Concrètement, il s’agit de se retrouver entre parents endeuillés (deuil périnatal, donc concernant les enfants décédés durant la grossesse ou jusqu’à la fin de leur première année de vie) le temps d’un week-end, et d’échanger autour d’ateliers, de groupes de discussion, de repas.

Nous vivons ensemble tout un week-end. Ces retraites sont à destination des mamans, mais également des papas pour certaines (mixtes). Les enfants ne sont pas admis (mais les femmes enceintes le sont), pour que nous puissions être tous ensemble dans une « bulle » et pour ne pas risquer de heurter les parents pour qui la perte récente de leur bébé rendrait trop douloureuse la présence des enfants vivants des autres.

C’était une retraite mixte, en présence de papas et mamans de tous les horizons, de tous les âges, avec plein d’histoires différentes. En ce qui me concerne, j’y suis allée seule, mon mari ne pouvant pas se libérer et n’étant peut-être pas encore prêt à vivre ce genre d’expérience…

Il faut savoir qu’il n’y a pas de date de péremption au deuil périnatal. Ce qui signifie qu’on peut y participer à n’importe quel moment de notre vie, de notre deuil. Une des participantes avait perdu son tout petit 27 ans plus tôt…

La solidarité de la retraite a commencé dès la phase du trajet : un couple participant ayant accepté de me « covoiturer » jusque là bas. Malgré l’appréhension, les échanges se font vite fluides : nous sommes frère et sœurs de deuil, ça rapproche !

Vendredi soir, nous arrivons là bas. Beaucoup de parents sont déjà présents, et commencent à faire connaissance autour d’un thé, de quelques friandises. On se sent ému, en arrivant ici, avec une bonne dose d’appréhension, on se demande ce qu’on est venu chercher ici ?

La réponse ne se fait pas attendre : de la compassion, de l’empathie. Les gens sont tous là pour la même chose : prendre le temps d’être les parents de nos bébés absents. Un moment hors du temps où chacun d’entre nous pourra parler à cœur ouvert, pourra poser des questions sur le deuil, dire ses ressentis, raconter son histoire, pleurer, rire sans être jugé. Tout le monde est accueillant, à commencer par Blandine, l’organisatrice.

On me montre la chambre qui va m’accueillir. J’y trouve un livret d’accueil avec le programme du week-end, les règles de vie qui vont être les nôtres pour un peu plus de deux jours, et une petite bouteille d’eau… et puis ça y est, l’alchimie se met en marche, les discussions s’amorcent, puis nous passons à table. Un premier tour de table, au début du repas, pour se présenter rapidement, donner nos prénoms, notre ville, le prénom de notre bébé et très, très rapidement, les circonstances de sa mort. On a déjà l’impression de se connaître un peu, les mots des uns sortent de la bouche des autres malgré nos parcours pas forcément similaires …

A la fin du repas, nous prenons un temps pour honorer nos bébés. Grosse émotion en découvrant une table ronde, sur laquelle bougies et petits cadeaux pour nos bébés sont disposés. Chacun d’entre eux a sa place. Nous allumons tour à tour les bougies de nos petits, en prononçant leurs prénoms, avec une émotion incroyable. La « communion » a commencé, pour de vrai.

La soirée continue de manière assez libre, nous faisons connaissance, nous racontons nos histoires. Nous pleurons, certains se prennent dans les bras, nous rions aussi. Nous échangeons, sans masques, sans avoir peur de choquer, sans avoir peur d’être jugés , nous parlons de nous, de nos bébés, de nos manques et de nos craintes, de nos douleurs et de nos soulagements. Nous avons un lieu où nous pouvons être les parents de nos bébés, pour de vrai.

Il faut savoir que rien n’est imposé, tout est proposé. Si nous ne nous sentons pas l’envie ou la capacité de participer à un atelier, c’est tout de suite admis sans aucun jugement, la seule condition étant de respecter et de ne pas perturber ceux qui y participent.

Le lendemain matin, atelier yoga, puis préparation du repas, chacun participe. Nous vivons en communauté. Les échanges sont toujours fluides, et en ce qui me concerne, je me sens vraiment à ma place. Pas de mots qui blessent, pas d’hésitation à parler de nos enfants… Nous mettons sur une table tous les souvenirs que nous avons et que nous souhaitons partager de nos enfants chéris. Certains ont amené une grosse boîte pleine d’objets, de photos. D’autres, comme moi, n’auront que la petite enveloppe donnée par la maternité, qui comprend une sorte de « faire part » avec son nom, ses empreintes… Et les deux uniques photos que j’ai de lui. Au fur et à mesure du week end, chacun découvre ces bébés disparus, on met des visages sur leurs noms, on touche avec émotion leur petit pull, ce petit bracelet de maternité, on pleure en lisant le récit de la vie de ce si-petit que sa maman a écrit, on caresse du bout des doigts une peluche, notre coeur se serre en découvrant qu’un bébé ressemble incroyablement au notre. Il n’y a pas de moment dédié à ces découvertes, elles se feront au rythme de chacun de nous, tout au long du week end.

Le samedi après midi, nous sommes allés nous promener au bord de l’océan. Quel moment ! Les discussions continuent, une maman hurle sa colère et son chagrin face à l’océan, on ramasse des galets, des coquillages, les prénoms de nos petits éphémères apparaissent sur le sable avant de se faire engloutir par les vagues. On rit, on pleure, dans la continuité de cette expérience si forte. Dans la journée, beaucoup d’entre nous écriront sur le thème proposé par Blandine : écrire la lettre que notre bébé aurait pu nous écrire, ou juste écrire ce que nous souhaiterions lui dire. Ces lectures seront mises sur la table à souvenirs, là encore chacun(e) lira ce qu’il souhaite à son rythme. Un atelier coloriage est proposé.

Après le repas du soir, soirée chansons ! Blandine nous avait demandé de donner un titre de chanson que nous associons à nos enfants. En ce qui me concerne, j’ai choisi une chanson de Goldman, Confidentiel. Etant enceinte, j’étais épuisée et me suis éclipsée pour aller me coucher, mais les retours que j’ai eu le lendemain m’ont confirmé que la soirée avait été du même acabit que le reste : belle, chargée d’émotions, du rire aux larmes.

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Le lendemain,  un échange un peu plus formel : chacun notre tour, nous dirons ce qui nous fait peur/mal. Ceux qui partagent la même peur que nous le font savoir en prenant une boule de cotillons : révélation ! Nous partageons beaucoup de nos questions, de nos angoisses, nous ne sommes VRAIMENT pas seuls ! Les témoignages masculins m’ont particulièrement émue. Ils ont raisonné fort en moi car ils ont éclairé d’une lumière nouvelle le comportement de mon mari. Je m’en doutais mais ils me l’ont confirmé : ne pas en parler ne signifie pas ne plus y penser. C’était un vrai réconfort de l’entendre de leurs bouches.

En ce qui me concerne, la peur que j’ai exprimée était : j’ai peur de ne pas savoir être la maman d’Amaël. Etre la maman d’Arthur, d’Axel, je sais faire… Mais Amaël ? Comment lui laisser sa juste place, comment affirmer son existence en restant juste, en restant « avec les vivants » ? Là aussi des thèmes variés ont émergé, de la place des enfants d’avant ou d’après, à celle des souvenirs ou de nos doutes quant à l’avenir.

Les liens continuent à se resserer, nous sommes dans notre bulle d’empathie, tous ensemble, tous si différents et si semblables en même temps. Le deuil d’un tout petit est une souffrance universelle : il n’y a plus de questions de classe sociale, d’origine, de religion. Nous avons tous perdu un morceau de nous, nous avons tous ce « bras en moins », et nous devons tous apprendre à vivre au quotidien malgré notre amputation. Une maman propose des massages de mains à ceux qui le souhaitent, il y a tellement de douceur et de bienveillance dans cet endroit !

Lors du repas, les échanges se poursuivent dans les rires et les émotions. Blandine nous demande alors de répondre à la question « si mon deuil était un animal, lequel serait il ? » Les réponses sont variées, et toujours expliquées et toutes si justes… Ça va du chat à l’éléphant, en passant par la coccinelle. Là aussi j’ai eu le sentiment d’en apprendre beaucoup sur chacun de ces parents et sur le processus du deuil. Nous répondons également chacun à la question « de quoi êtes vous reconnaissant(e) pour cette retraite ? »…

Après le repas, nous sentons le blues gagner du terrain : il est temps de ranger, et de partir. Nous partons la gorge serrée, le coeur gonflé d’amour pour nos tout-petits, mais aussi pour ces  autres parents, j’ai tellement de gratitude d’avoir pu participer à ce week end ! Pour la première fois depuis la mort d’Amaël, je me suis sentie intégralement comprise, admise. Personne n’a cherché à minimiser, j’ai toujours été écoutée et mieux que ça : entendue !

Ce genre d’initiative devrait être remboursé par la sécurité sociale. Le retour au quotidien n’a pas été simple et j’ai beaucoup pleuré, mais ça m’a permis de « rétablir » le dialogue avec mon mari au sujet d’Amaël, ça a libéré sa parole. Je lui ai raconté les témoignages des autres papas présents, j’ai « compris » que son silence n’était pas de l’indifférence grâce à eux. La présence des papas à ces retraites est vraiment enrichissante pour nous, mamans et femmes parfois déroutées par les réactions des papas de nos enfants perdus.

Pendant un week-end, j’ai pu être pleinement la maman d’Amaël, sans que ça ne soit morbide, glauque, triste. Le chagrin avait sa place mais était « sain » : les larmes ont coulé, et les sourires ont fleuri, les rires ont fusé. Des amitiés sont nées, des liens se sont tissés.

Nous sommes tous en contact et échangeons régulièrement via un groupe facebook.

Je suis vraiment reconnaissante d’avoir pu bénéficier de cette parenthèse, d’avoir pu honorer mon fils sans jugement, d’avoir montré ses photos pour la première fois. Ça a été un pas énorme pour moi.

Merci mille fois, Blandine, pour avoir permis ces moments… Pour nous permettre d’être pleinement les parents de nos bébés-papillons.

Ça a été un moment très important dans mon parcours. Et que de belles rencontres ! Quand j’ai un coup de blues je sais que je peux les contacter et que je serai toujours entendue, même pas écoutée… Comprise

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