association Lignes de vies, soutien au deuil périnatal

Je vais accueillir ma petite fille comme je le peux ... Elle est magnifique.

C’était le 24 avril 2016. Des contractions dans la nuit du samedi au dimanche, les vraies, celles qui annoncent qu’il faut y aller.  Je suis à 10 jours du terme et je vais accueillir ma petite fille comme je le peux. Seule, sans son papa. Seule car mon conjoint est décédé trois mois plus tôt, d’un cancer. Il s’est battu pour la voir notre petite fille, pour la porter dans ses bras rien qu’une fois, mais la maladie ne lui a laissé aucune chance. J’ai terminé ma grossesse seule, abattue, mais dans l’espoir malgré le désespoir. Entourée de ma famille, de nos familles. Et puis cette nuit est arrivée.

Alors que tous les examens précédents étaient excellents, ce dernier est dramatique. Le monitoring ne répond pas. Il ne fonctionne pas ? Si si, il fonctionne très bien. Un essai, deux essais, trois essais… Le médecin me l’annonce à l’échographie, « ça s’est arrêté ». Ça, son petit cœur, sa vie. Son petit cœur de bébé s’est arrêté. Je ne réponds plus de rien. Ni cris, ni larmes, ni aucune expression. Pendant de longues minutes, je ne suis plus là. Je suis nulle part. J’ai perdu l’amour de ma vie et je viens de perdre notre bébé.

Je vais pourtant devoir donner naissance à ce petit être. Le travail était enclenché en arrivant, il ne s’est pas arrêté sous le coup de la nouvelle. Les contractions sont de plus en plus douloureuses, on me pose la péridurale. Puis on m’explique qu’il serait préférable pour moi d’accoucher par voie basse, qu’une cicatrice gravée à vie sur mon ventre risquerait d’être difficile à regarder au quotidien. Bien sûr, je veux essayer d’accoucher par voie basse. La question ne s’était même pas posée dans ma tête. Ma petite chérie ne vit plus mais je veux la mettre au monde comme je devais le faire, je suis sa maman.

Je suis accompagnée par quatre bienveillantes sages-femmes, ma meilleure amie qui est arrivée en vitesse de Paris, et ma maman. Ma belle-sœur et mon beau-frère passeront aussi me serrer dans leurs bras, quelques minutes avant la naissance.

Il est 14h49 lorsque Daphné naît sans vie, alors qu’un grand rayon de soleil vient illuminer la salle. C’est Anne-Claire, la sage-femme qui accueille Daphné qui me fera remarquer ce grand puits de lumière. L’autre sage-femme, Floriane, part avec ma fille pour l’habiller des petits vêtements de naissance que je le lui avais préparés. Puis, elle revient avec ma merveille. « Votre fille est très belle », me dit-elle en me la déposant délicatement dans les bras. C’est vrai qu’elle est belle. J’appréhendais de la voir trop abîmée… Elle est magnifique, on dirait qu’elle dort. Je ne saurai jamais comment décrire ce moment, celui où je l’ai sentie contre moi pour la première fois en même temps que mon regard s’est posé sur elle. Un sentiment de plénitude intense, et la certitude soudaine que tout se serait bien passé pour nous deux, malgré tout. Je ne pleure pas, je ne crie pas. Je vis le moment, la regarde encore et encore. Elle est si parfaite, si bien finie. 3,216 kg pour 52 cm. Ma perfection. Mes parents, mon frère et ma sœur, ma belle-famille, viendront aussi la prendre dans leur bras dans les heures qui suivent sa naissance.

Durant mes trois jours de surveillance à l’hôpital, dans un service autre que la maternité pour éviter d’être confrontée aux autres mamans et leur bébé, j’ai pu aller voir Daphné quand je le souhaitais. Tous les jours, je l’ai prise dans mes bras, je l’ai caressée, embrassée. Des souvenirs gravés qui me réconfortent aujourd’hui. Ces moments ont existé. Ces moments tristes mais si doux à la fois. Je garderai ses empreintes sur papier, son bracelet de naissance ainsi qu’une mèche de ses cheveux que le personnel a pris soin de me donner.

Le quatrième jour après sa naissance, s’est tenue la petite cérémonie que j’ai voulue très intime. Pour lui dire au revoir et la déposer auprès de son papa.

Le rapport de l’autopsie que j’avais acceptée, a révélé un mois plus tard que Daphné est décédée un ou deux jours avant sa naissance. A cause d’un problème au niveau du cordon ombilical. Une torsion sur un endroit qui était anormalement protégé aurait coupé la circulation brutalement, sans prévenir. Cela aurait pu arriver plus tôt, comme ne jamais arriver.

Daphné aurait aujourd’hui 2 ans et demi. Je pense à elle tous les jours, avec émotion, amour, admiration, tristesse parfois. Elle est et restera à jamais mon premier enfant. Elle fait partie de moi. Mes amis, ma famille, nous parlons d’elle, sans tabou.  Elle est toujours là, quelque part. Son passage aura été plus court que le nôtre mais ce qu’elle a apporté est unique et exceptionnel.

Notre fille a donné une force incroyable à mon mari, et bien qu’elle n’était pas dans mes bras, c’est aussi elle qui m’a donné l’énergie pour continuer. Toujours bien accrochés dans mon cœur, eux deux m’ont fait garder l’espoir. Et l’horizon a fini par s’éclaircir.

La mort s’en est allée, avec la naissance d’Élise. Mon Élise.

Après une grossesse très surveillée, Élise est née en décembre 2017, un mois avant le terme, par déclenchement. Ma deuxième fille, la petite sœur de Daphné.

L’histoire a voulu que, miraculeusement, la justice française me donne le droit de disposer des gamètes que mon mari avait déposés avant de commencer son traitement, en vue d’essayer d’avoir un deuxième enfant avec l’aide de la PMA. Puis, un an seulement après la naissance de Daphné, un nouveau petit être s’accroche dans mon ventre. Pour naître en vie.

Aujourd’hui, nous sommes donc deux ici. Et deux quelque part, ailleurs mais tout près. Je parle à Élise de son papa, de sa grande sœur. Dans sa chambre, des photos et un petit cahier sont rangés dans une boîte. Pour qu’elle regarde, qu’elle lise. Pour lui raconter son histoire, notre histoire à tous les quatre.

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